Mécanisme d’action des HE sur les virus

La lutte contre les virus reste un sérieux problème à travers le monde. Contre ce type d’agent infectieux, les médicaments allopathiques sont souvent peu efficaces, non dépourvus d’effets secondaires, et surtout relativement chers. L’aromathérapie apparait donc comme un allié de choix dans la lutte contre les infections virales, surtout depuis l’émergence de souches résistantes aux thérapeutiques classiques . Pourtant, étudier l’efficacité des huiles essentielles (HE) contre les virus se révèle très compliqué, dans la mesure où les virus ne réagissent pas tous de la même manière aux molécules aromatiques. Néanmoins, plusieurs études ont travaillé sur l’impact des HE sur les virus .

Mécanisme d’action des HE sur les virus

Les HE sont susceptibles d’agir contre les virus par trois mécanismes distincts  :

  • Activité virucide : les HE entrainent la destruction directe des virus.
  • Activité anti-adsorption : les HE empêchent le contact entre les virus et les cellules hôtes (phase d’adsorption et de pénétration) en modifiant les protéines virales reconnues par la cellule hôte.
  • Activité anti-réplication : les HE empêchent la formation de nouveaux virions par la cellule hôte infectée (phase d’éclipse) en bloquant la machinerie cellulaire de synthèse protéique(2). C’est le mode d’action de l’aciclovir, molécule fréquemment prescrite en cas de crise d’herpès labial.

La Figure ci-dessous a été obtenue en mettant à incuber des HE, une souche virale (le virus de l’herpès de type 1, abrégé HSV1) et une cellule hôte à différents moments pour étudier le mode d’action de l’HE.

Exemple d’action de certaines huiles essentielles sur les virus

Ces mêmes chercheurs ont poussé l’étude un peu plus loin, en analysant le potentiel anti-viral des molécules présentes dans les HE, et non du totum (Figure ci-dessous). Il ressort de cette étude que beaucoup de composés aromatiques ont un potentiel virucide, mais que parmi les composés testés, les seuls à présenter une activité anti-réplication significative sont l’alpha-pinène et le 1,8 cinéole.

Action de quelques composés aromatiques sur les différents stades de l’infection par un HSV.

D’autres études ont abordé le mécanisme d’action antivirale de ces HE ; cellles de Melaleuca alternifoliaThymus vulgaris sb thymol, et Eucalyptus globulus dénaturent les protéines de structure du virus, aboutissant à la perte du pouvoir infectant. Une autre équipe (2) a mis en évidence que les huiles essentielles de clou de girofle et d’origan compact dégradaient l’enveloppe des virus. Ainsi désorganisée, l’enveloppe virale n’est plus reconnue par la cellule hôte, qui ne laisse donc pas entrer la particule virale dans son cytoplasme.

En conséquence, les infections à virus nus (comme les adénovirus, ou celui de l’hépatite A, par exemple) sont plus difficiles à combattre car ils disposent d’une cible potentielle de moins pour les HE (3). Ainsi, il est difficile de généraliser sur l’action des HE contre les virus, car leur sensibilité aux molécules aromatiques dépend de leur structure qui est elle-même très variable.

Les HE antivirales

Les études précédentes sont intéressantes (et même fondamentales) pour comprendre le mode d’action des huiles essentielles sur les virus, mais elles présentent aussi de grandes limites : l’une d’elle est que les résultats ne sont pas généralisables, puisqu’ils sont obtenus à partir de l’étude d’une seule souche virale (HSV1 le plus souvent). Ensuite, nous manquons encore d’études cliniques : la plupart des recherches étant réalisées in vitro, leurs conclusions sont difficilement extrapolables à l’organisme entier. Ces précautions étant posées, il est malgré tout possible de dresser un tableau général des HE efficaces contre les infections virales.

Le trio gagnant : Ravinstara, Palmarosa, Niaouli

On l’a dit, le concept de synergie est fondamental en aromathérapie car en associant différentes HE, on multiplie les cibles potentielles du traitement.

Le trio Cinnamomum camphora / Cymbopogon martinii / Melaleuca quinquinervia est une synergie très efficace contre la plupart des infections virale. En effet, en associant des oxydes (1,8-cinéole), des monoterpénols (géraniol et alpha-terpinéol) et des monoterpènes variés (alpha-pinènes, entre autres), l’infection virale est attaquée sur tous les fronts.

En première intention, il est donc indiqué de penser à associer ces trois HE lors d’une infection virale. Au regard de la très bonne tolérance de ces produits, il sera possible de les appliquer sur la peau (de préférence dilués dans une huile végétale ou un baume) ou de les prendre par voie orale (dans des gélules si possible).

Un exemple de traitement pour la grippe

Chez l’adulte et après s’être assurés du bon diagnostic par une consultation médicale, un traitement basé sur une vingtaine de gouttes du « trio gagnant » par jour (réparties en 4 gélules à 5 gouttes chacune) doit enrayer l’infection en quelques jours.

Les autres HE anti-virales

L’HE de Melaleuca alternifolia (tea tree, qui contient entre autres, du paracymène, du gamma terpinène et du 1,8 cinéole) est également très indiquée contre les virus.

Par ailleurs, nous avons insisté sur le rôle des alpha-pinènes et des oxydes dans la lutte contre les virus pour leurs propriétés virucides, anti-adsorption et anti-réplication du virus. Ainsi, les HE issus de conifères (pins, sapins ou cyprès) et les HE riches en 1,8-cinéole (Eucalyptus globulus, Eucalyptus radiata, Laurus nobilis, Rosmarinus officinalis sb cinéole…) vont présenter une action anti-virale.

Les HE à aldéhydes (comme l’Eucalyptus citriodora qui contient du citronellal ou la litsea cubeba qui contient du citral) ont également une action antivirale. De plus, ces HE ayant des propriétés antiinflammatoires, elles pourront avantageusement compléter une synergie antiinfectieuse.

Les HE riches en monoterpénols (Thymus vulgaris sb linalol, Aniba rosaeodora…) sont également utilisées pour leurs propriétés antivirales, en synergie avec d’autres huiles. Étant très bien tolérées, il sera également possible de les utiliser chez l’enfant (aux doses thérapeutiques adaptées, et après avis médical).

Enfin, les HE à phénols, bien que d’utilisation plus délicate (elles sont hépatotoxiques à forte dose en cas d’usage prolongé, et dermocaustiques) ont un bon potentiel antiviral. Cependant, elles sont traditionnellement davantage utilisées pour leur côté antibactérien : on les intègrera donc dans la synergie (uniquement chez l’adulte et par voie orale) si l’on suspecte ou que l’on craint une surinfection bactérienne.

Les HE à diffuser pour assainir l’air :

Les HE riches en monoterpènes (issus de conifères ou des agrumes) ou en oxydes, ayant une action virucide, pourront lutter contre la prolifération des virus dans l’air ambiant. Ainsi, il sera efficace de diffuser ces HE dans la maison lorsqu’un membre de la famille est atteint d’une infection, pour éviter de contaminer les autres individus !

 

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