Autres Matières en Parfumerie

Les fruits et leurs zeste

Les fruits étant gorgés d’eau, il n’est de ce fait pas possible d’en extraire une huile essentielle. Ainsi, les notes retrouvées dans les parfums telles que la pomme, l’ananas, la fraise, la banane, la cerise, la pêche ou le raisin par exemple, sont des notes reproduites en laboratoire. Seuls les agrumes dont la peau contient des essences odorantes et les fruits qui se dessèchent sont exploités. Les premiers, baptisés « hespéridés » par les parfumeurs, entrent dans la composition de toutes les eaux de Cologne et eaux fraîches en leur apportant une note de fraîcheur ou une touche exotique.

Développés ci-après, le citron, l’orange, la mandarine, la bergamote et la vanille sont parmi les fruits les plus couramment utilisés en parfumerie. Dans cette catégorie sont également retrouvés : le pamplemousse (Citrus grandis, Rutacées), originaire d’Israël et des Etats-Unis, le pomélo (Citrus paradisi, Rutacées), issu d’une hybridation entre le pamplemousse et le citron, le cédrat (Citrus medica, Rutacées) et ses notes acidulées, le kumquat (Fortunella japonica, Rutacées), un agrume originaire de Chine et de Malaisie, la limette, fruit du citronnier vert (Citrus aurantifolia, Rutacées) dont l’essence est la seule des agrumes qui est obtenue après broyage et distillation de la totalité du fruit ainsi que la noix de muscade, fruit du muscadier (Myristica fragrans, Rutacées) dont l’odeur épicée entre dans les compositions masculines et les eaux de Cologne modernes.

♥Le citron

Le citron est le fruit du citronnier (Citrus limonum, Rutacées). Originaire d’Extrême- Orient, cet arbuste de la famille des Rutacées fut introduit en Europe à la fin du XVe siècle. Aujourd’hui, il est principalement cultivé en Italie (plus précisément en Sicile), en Floride, en Amérique du Sud (en particulier en Argentine) et en Côté-d’Ivoire. L’essence de citron, utilisée en note de tête dans les eaux fraîches, les eaux de Cologne masculines ou les notes florales, est obtenue à partir de l’expression à froid des zestes du fruit et possède une odeur très typique. Elle apporte ainsi un effet de fraîcheur dans Mitsouko de Guerlain (1919), N°5 de Chanel (1921), Eau Sauvage de Christian Dior (1966), Bel Ami d’Hermès (1986), CK One de Calvin Klein (1995), Allure Homme de Chanel (1999), Black XS de Paco Rabanne (2005), La Petite Robe Noire de Guerlain (2009) ou Kenzo Homme Sport de Kenzo (2012) pour ne citer qu’eux .

♥L’orange

L’essence d’orange est obtenue à partir de l’expression à froid de l’écorce des fruits de l’oranger amer (Citrus aurantium amara), également appelé bigaradier, et de l’oranger doux (Citrus aurantium dulcis) :

– L’huile essentielle obtenue à partir de l’orange amère est l’essence d’orange amère ou bigarade. Elle est retrouvée en note de tête dans par exemple Armani Code for Her d’Armani (2006), L de Lolita Lempicka (2006) ou encore Luna Rossa de Prada (2012).

– Quant à l’huile essentielle obtenue à partir du fruit du Citrus aurantium dulcis, il s’agit de l’essence d’orange douce. Elle entre notamment dans la composition d’Opium d’Yves Saint Laurent (1977), de 24, Faubourg d’Hermès (1995), de Hot Couture de Givenchy (2000), de Coco Mademoiselle de Chanel (2001), de Terre d’Hermès d’Hermès (2006), de Bleu de Chanel (2010) et de Lady Million de Paco Rabanne (2010) .

♥La mandarine

Originaire de Chine, le mandarinier (Citrus reticulata, Rutacées) a été introduit en Europe au début du XIXe siècle par le biais des routes de la Soie. Son fruit, la mandarine, est plus petit que l’orange, la bigarade et la bergamote et est aujourd’hui principalement récolté en Italie. D’après l’histoire, elle aurait été un présent traditionnel fait aux mandarins pendant les fêtes. En Europe, la mandarine est parfois offerte aux enfants pour la Saint-Nicolas ou pour Noël.

L’expression à froid du zeste de la mandarine produit une essence à la note suave et florale prononcée qui se marie bien avec des notes hespéridées et apporte une touche fruitée et fraîche aux parfums orientaux comme dans Loulou de Cacharel (1987), Angel de Thierry Mugler (1992), Allure de Chanel (1996), Dior Addict de Christian Dior (2002), L’Instant de Guerlain (2003) Ange ou Démon de Givenchy (2006) ou Armani Code Ultimate d’Armani (2012) A noter également que le mandarinier, croisé avec l’oranger amer, a donné naissance au clémentinier, du nom du père Clément, auteur de cette hybridation .

♥La bergamote

Inconnu à l’état sauvage, le bergamotier (Citrus bergamia, Rutacées) résulterait d’une hybridation entre deux variétés de citrus : l’oranger et le citronnier. De nos jours, il est principalement cultivé en Italie (Calabre), en Espagne et en Côte-d’Ivoire. L’essence de bergamote, extraite par expression à froid du zeste du fruit, est l’une des plus employées en parfumerie. En effet, son odeur citronnée délicate, fraîche et légèrement piquante apporte un éclat particulier aux notes hespéridées. Elle est de ce fait essentiellement utilisée en note de tête dans les eaux de Cologne et les eaux fraîches mais également dans les parfums chyprés et ambrés tels que Jicky de Guerlain (1889), Arpège de Lanvin (1927), Angel de Thierry Mugler (1992), 24, Faubourg d’Hermès (1995), J’adore de Dior (1999), Coco Mademoiselle de Chanel (2002), The One de Dolce & Gabbana (2006), Coco Noir de Chanel (2012), Miss Dior de Dior (2012) ou Downtown de Calvin Klein (2013) .

L’essence de bergamote est par ailleurs utilisée dans le domaine alimentaire pour parfumer par exemple le thé Earl Grey ou les bergamotes de Nancy, mais également en aromathérapie grâce à ses nombreuses propriétés thérapeutiques.

Bergamote de Nancy

♥La vanille

Originaire du Mexique, la vanille est aujourd’hui principalement cultivée à Madagascar, en Indonésie, à l’île de la Réunion, aux Comores et à Tahiti .

Le vanillier (Vanilla planifolia) est une plante grimpante de la famille des orchidées (ou Orchidacées) dont les fleurs blanches nuancées de vert produisent un fruit allongé, en forme de gousse verte inodore et légèrement aplatie, qui parvient à maturité en 8 ou 9 mois. Les gousses, qui contiennent des graines noires, sont cueillies avant maturité et subissent un processus de maturation pendant plusieurs mois. Celui-ci se traduit par toute une série d’opérations comme l’échaudage, l’étuvage, le séchage et l’affinage au cours desquelles les gousses passent du vert au brun et leur parfum doux, chaud et suave se développe.

Gousses de vanille vertes

Les gousses sont ensuite traitées par extraction aux solvants volatils afin d’obtenir, après glaçage et distillation du résinoïde extrait, l’absolue de vanille. Utilisée en note de fond dans de très nombreuses compositions, notamment les parfums Guerlain, la vanille permet d’augmenter la teneur et d’assouplir les notes jugées trop fortes comme les notes animales en les rendant plus rondes et plus suaves .

Elle est par conséquent aussi bien retrouvée dans les parfums floraux que dans les orientaux, les chypres ou bien encore les fougères. Elle participe entre autre à la fragrance de certains classiques comme L’Heure Bleue de Guerlain (1912), Shalimar de Guerlain (1925), Opium d’Yves Saint Laurent (1977), Poison de Christian Dior (1983), Angel de Thierry Mugler (1992), Le Male de Jean Paul Gaultier (1995), Amor Amor de Cacharel (2003), Ange ou Démon de Givenchy (2006), 1 Million de Paco Rabanne (2008) ou encore La Vie est Belle de Lancôme (2012). Bien entendu, il existe également de nombreux parfums à dominante vanille, mais il serait difficile d’en faire l’inventaire complet.

Par ailleurs, le coût de production de la vanille étant assez élevé (à raison de 1 000 € le kilo d’absolue ), son principal constituant, la vanilline, a été reproduit par synthèse afin d’être utilisé en substitut de la vanille naturelle dans les parfums. La vanille véritable n’entre donc désormais que dans la composition de parfums de prestige.

Les épices et les graines

Au même titre que les herbes aromatiques, les épices et les graines appartiennent à la catégorie des matières premières qui rappelle le lien existant entre la parfumerie et l’art culinaire.

♥La fève tonka

La fève tonka provient du fruit du kumaru (Dipteryx odorata), une espèce de bois dur plus connu sous le nom de teck Brésilien. Le kumaru est un arbre tropical de grande taille, appartenant à la famille des Fabacées, qui pousse principalement au Venezuela, en Guyane et au Brésil. Ses fruits ressemblent à de grosses amandes qui renferme chacune une unique graine noire oblongue et brillante qui se ride en se desséchant: la fève tonka. Le fruit est récolté lorsqu’il est tombé à terre à sa maturité, puis séché pendant un an avant de casser leur coque pour en extraire la fève tonka. Il semble qu’autrefois, les graines étaient trempées douze à vingt-quatre heures dans de l’alcool (plus précisément dans du rhum) afin d’être affiné. Lors de leur séchage, ces graines développent en surface des cristaux blancs de coumarine responsables de leur puissant arôme. Elles sont alors traitées par extraction aux solvants volatils pour obtenir une absolue de fève tonka exploitée en note de fond par les parfumeurs dans les accords ambrés et orientaux auxquels elle apporte un effet naturel doux . L’absolue de fève tonka exhale en effet une odeur balsamique, miellée, épicée et amandée avec des accents de foin et de tabac.

Photographie de fèves tonka

Elle est ainsi retrouvée dans Jicky de Guerlain (1889), Loulou de Cacharel (1987), Le Male de Jean Paul Gaultier (1995), A*Men de Thierry Mugler (1996), Dior Addict de Dior (2002), Amor Amor de Cacharel (2003), Ange ou Démon de Givenchy (2006), Tonka Impériale de Guerlain (2010), Coco Noir de Chanel (2012), La Vie est Belle de Lancôme (2012) ou Manifesto d’Yves Saint Laurent (2012).

♥La coriandre

La distillation à la vapeur d’eau des graines de coriandre (Coriandrum sativum) (Figure 53) réduites en poudre permet d’obtenir une huile essentielle à l’odeur épicée poivrée, utilisée en parfumerie de luxe dans de nombreux parfums masculins (Pavia, 2003). Elle est notamment présente en grande quantité dans Héritage de Guerlain (1992).

Photographie de graines de coriandre

La coriandre (autrement appelée persil chinois ou persil arabe) est une plante herbacée de la famille des Apiacées employée pour de nombreuses préparations culinaires. En effet, toutes les parties de cette plante (feuilles, graines, racines) sont comestibles, même si leur goût diffère. Elle est l’un des composants principaux du curry, aromatise le gin, la chartreuse et le coca-cola. Originaire du Moyen-Orient, la coriandre est aujourd’hui essentiellement cultivée en Russie, en Hongrie et en Afrique de Nord.

Au-delà de son usage en parfumerie, l’huile essentielle extraite des graines est également utilisée en aromathérapie en raison des nombreuses vertus qui lui sont attribuées. Par ailleurs, la coriandre a, comme beaucoup d’épices, longtemps été considéré comme une plante possédant des propriétés aphrodisiaques.

♥Le poivre

Le poivre est l’une des épices la plus utilisée depuis l’Antiquité. Utilisé comme monnaie d’échange, il permettait, jusqu’au XVIIIe siècle, de payer les impôts et les taxes.

Le poivre est le fruit d’un arbuste grimpant originaire d’Inde : le poivrier noir (Piper nigrum, Pipéracées). Il est principalement cultivé en Inde, en Indonésie, à Madagascar, en France et en Allemagne. Selon le traitement et le stade de récolte, les grains pourront donner

– Du poivre noir (baie entière récoltée à maturité)

– Du poivre blanc (baie mûre nettoyée de son péricarpe)

– Du poivre vert (baie ramassée avant maturité)

L’huile essentielle de poivre utilisée en parfumerie est obtenue par distillation à la vapeur d’eau des graines du poivrier. Elle est surtout employée dans les compositions masculines en leur apportant une odeur épicée et boisée . Elle intervient ainsi en note de cœur dans Pour Monsieur de Pierre Cardin (1972), Miracle de Lancôme (2000), Allure Homme Sport de Chanel (2004), Terre d’Hermès d’Hermès (2006), Noir de Tom Ford (2012) ou encore Spicebomb de Viktor & Rolf (2012) pour ne citer qu’eux.

En dehors de la fève tonka, de la coriandre et du poivre détaillés précédemment, il faut également évoquer le cumin (Cuminum cyminum, Apiacées), utilisé en petite quantité dans les parfums en raison de sa tonalité herbacée, épicée et anisée très puissante, la cardamome (Elettaria cardamomum, Zingibéracées), dont les graines donnent une huile essentielle aromatique légèrement fruitée, le fenugrec (Trigonella foenum-graecum, Fabacées) dont l’odeur, aujourd’hui tombée en désuétude, rappelle celle de la noix et du céleri, l’ambrette (Hibiscus abelmoschus, Malvacées) au parfum ambré et musqué, le céleri (Apium graveolens, Apiacées) dont l’huile essentielle extraite des graines sert à nuancer les eaux fraîches, les accords floraux ou chyprés, ou encore la carotte (Daucus carota, Apiacées) par exemple, dont les graines permettent de produite l’huile essentielle de carotte, utilisée dans les compositions florales pour remplacer ou renforcer la violette, le mimosa ou l’iris.

Les racines et rhizomes

Si les fleurs de certaines plantes n’offrent pas de possibilité d’extraction, leurs racines donnent en revanche de très belles essences utilisées dans de nombreuses compositions. Parmi elles, celles de l’iris et du vétiver. Il faut cependant également évoquer le gingembre (Zingiber officinale, Zingibéracées), l’angélique (Angelica archangelica, Apiacées) ou encore la valériane (Valeriana officinalis, Valérianacées), dont les rhizomes sont également utilisés en parfumerie.

♥L’iris

L’iris est une plante vivace à rhizomes de la famille des Iridacées. Parmi les trois cents espèces d’iris dénombrées, deux seulement sont utilisés en parfumerie : l’Iris germanica, cultivé au Maroc, et l’Iris pallida (également appelé « l’or bleu »), originaire de Toscane.

Photographies de fleurs d’Iris pallida

Cette fleur majestueuse au port altier est chargée d’histoires. Dans la mythologie grecque, Iris était la messagère des dieux. Son sillage, symbolisé par un arc-en-ciel, était considéré comme le lien entre la terre et le ciel, l’homme et le divin. Dans l’Antiquité, de nombreuses représentations de l’iris figuraient notamment sur le front des sphinx et sur les sceptres des pharaons. En France, son destin fut royal. Nommée fleur de Louys en hommage au fils de Charlemagne, Louis le Pieux, elle serait à l’origine de la fleur emblématique de la monarchie française: la fleur de lys .

De nos jours, l’iris est l’une des matières premières les plus chères en parfumerie. Malgré une culture peu exigeante, beaucoup de patience est nécessaire avant que l’iris ne délivre son trésor olfactif caché dans ses racines. Il faut en effet trois années sous terre pour que les rhizomes se développent et atteignent leur maturité, avant d’être arrachés, lavés, ébarbés, pelés puis séchés. Dépourvus d’odeur à ce stade, ils sont ensuite entreposés dans des sacs en toile de jute et stockés dans des locaux soumis à des conditions précises d’aération, durant encore trois ans, jusqu’à leur dessiccation complète. C’est au cours de ces trois ans que les tubercules vont sécréter l’irone, une cétone constituant le principe odorant de l’iris. Il faut donc patienter six années avant que l’iris ne dévoile son parfum ample, poudré, nuancé de violette et de linge frais.

Une fois déshydratés, les rhizomes sont réduits en poudre puis distillés à la vapeur d’eau, après macération dans l’eau froide, pour obtenir une essence de consistance pâteuse riche en cires : le « beurre d’iris ». Ce dernier est alors traité par extraction aux solvants volatils afin d’extraire l’absolue d’iris, dont le prix avoisine près de 100 000 euros le kilo (Saint-Jean, 2012). Autrement dit, l’absolue d’iris est l’un des produits les plus chers de la palette du parfumeur et ne s’utilise que dans la parfumerie de prestige. Il entre notamment dans la composition de L’Heure Bleue de Guerlain (1912), Shalimar de Guerlain (1925), N°19 de Chanel (1970), Hiris d’Hermès (1999), Iris Nobile d’Acqua Di Parma (2004), Infusion d’Iris de Prada (2007), Dior Homme de Christian Dior (2005), La Petite Robe Noire de Guerlain (2012) ou encore La Vie est Belle de Lancôme (2012) .

♥Le vétiver

Originaire d’Inde et d’Indonésie, le vétiver (Vetiveria zizanioïdes) est une plante herbacée vivace et touffue, de la famille des Graminacées, qui est essentiellement cultivée en Indonésie, à Haïti, en Inde, au Brésil et à la Réunion.

Photographie du vétiver (Vetiveria zizanioïdes)

Traditionnellement utilisé pour la réalisation de toitures en chaume, le vétiver, appelé khus khus dans de nombreuses régions d’Inde, est de nos jours couramment employé en parfumerie. Ses racines, qui contiennent les principes odoriférants, sont distillées à la vapeur d’eau pour extraire l’essence de vétiver. Cette dernière exhale une note boisée, chaude, tenace, fumée et terreuse généralement associée à l’univers masculin, en note de cœur ou en note de fond, bien que quelques parfums féminins en possèdent comme N°5 de Chanel (1921), Shalimar de Guerlain (1925), For Her de Narciso Rodriguez (2004), Miss Dior de Christian Dior (2012) ou Downtown de Calvin Klein (2013) .

Photographie de racines de vétiver (Vetiveria zizanioïdes)

Les bois, les mousses, les écorces et les lichens

Utilisés depuis des temps très anciens pour les fumigations, ces éléments jouent un rôle important dans la parfumerie moderne en participant aux accords boisés et chyprés.

♥La cannelle

De toutes les épices, la cannelle est la plus ancienne. Connue depuis l’Antiquité, où elle était utilisée par les Egyptiens pour embaumer leurs défunts, elle fut ensuite introduite au Moyen Age en Europe par les croisés. La cannelle est l’écorce d’un arbre à feuilles persistantes de la famille des Lauracées, le cannelier de Ceylan (Cinnamomum zeylanicum), originaire du Sri Lanka. Elle est récoltée pendant la saison des pluies, d’avril à novembre, au moment où elle est le plus chargée en sève. En séchant, cette écorce brune très parfumée s’enroule sur elle-même pour former des petits bâtonnets creux.

Photographie de bâtonnets d’écorce de cannelle (Cinnamomum zeylanicum)

En parfumerie, l’écorce de cannelle est distillée à la vapeur d’eau pour en extraire une huile essentielle à l’odeur puissante et douce indispensable aux parfums orientaux, boisés ou épicés. Mitsouko de Guerlain (1919), Habit Rouge de Guerlain (1965), Opium d’Yves Saint Laurent (1977), Egoïste de Chanel (1990), Le Male de Jean Paul Gaultier (1995), 1 Million de Paco Rabanne (2008) et Jasmin Rouge de Tom Ford (2011) sont quelques exemples de parfums qui contiennent de la cannelle dans leur composition. Si l’écorce est reconnue pour parfumer les mets et aromatiser les vins chauds, elle est également utilisée en aromathérapie et en phytothérapie pour ses multiples vertus en lien avec ses principaux constituants : l’eugénol, la cinnamaldéhyde, le linalol.

♥Le santal

Le bois de santal et son huile essentielle font partie des parfums les plus précieux transmis depuis l’Antiquité. L’une des premières utilisations de l’huile essentielle de santal blanc (Santalum album) remonte au IXe siècle, sur l’île de Ceylan. Elle était alors employée pour embaumer les corps des princes .

Le santal est un arbre à feuilles persistantes, de la famille des Santalacées, qui pousse en Inde (plus précisément à Mysore) et en Indonésie, dont le caractère hémiparasitaire rend son développement lent et difficile. Autrefois, les arbres étaient abattus et laissés à même le sol pendant des mois afin de laisser les termites manger l’aubier. Elles permettaient ainsi d’exposer la partie centrale odoriférante du santal: le bois de cœur ou duramen .

Schéma d’une coupe d’un tronc d’arbre

L’huile essentielle de santal blanc est extraite par distillation à la vapeur d’eau des racines et du cœur du bois de santal transformés en copeaux ou réduits en poudre . Malgré ses différentes utilisations à travers les âges (d’abord comme encens dans les rituels religieux hindous et bouddhistes, puis en médecine traditionnelle indienne et enfin en aromathérapie), l’essence de santal blanc n’est apparue dans la parfumerie moderne qu’au XIXe siècle. Depuis, elle est utilisée dans les parfums orientaux pour sa fragrance chaude, boisée et enveloppante ou en note de fond comme fixateur dans la plupart des compositions olfactives. Elle est par exemple retrouvée dans Joy de Jean Patou (1929), L’Air du Temps de Nina Ricci (1948), Calèche d’Hermès (1961), Métal de Paco Rabanne (1979), Samsara de Guerlain (1989), 24, Faubourg d’Hermès (1995), Hypnotic Poison de Christian Dior (1998), Hot Couture de Givenchy (2000), Belle d’Opium d’Yves Saint Laurent (2010), Coco Noir de Chanel (2012) ou Carven Le Parfum de Carven (2013).

♥La mousse de chêne

La mousse de chêne (Evernia prunastri) est un lichen qui pousse sur les troncs et les branches du chêne. Elle est récoltée en hiver et au début du printemps dans les régions tempérées (France, Espagne, Macédoine, Bulgarie etc.).

Photographie d’une mousse de chêne (Evernia prunastri)

L’absolue de mousse de chêne, obtenue par extraction aux solvants volatils, est l’une des bases indispensables à la création des accords chypres et fougères. Son odeur est puissante, complexe, avec des notes boisées et terreuses nuancées par des accents de champignon et d’algue. La mousse de chêne apporte ainsi beaucoup de richesse en note de fond des parfums chyprés, fougères, boisés ou orientaux. Elle est également utilisée comme fixateur dans les parfums chyprés et boisés pour fixer les notes de tête ou de cœur très volatiles afin d’améliorer leur ténacité. Elle est par exemple retrouvée dans Mitsouko de Guerlain (1919), Miss Dior Original de Christian Dior (1947), Calèche d’Hermès (1961), Eau Sauvage de Christian Dior (1966), CK One de Calvin Klein (1995) ou Terre d’Hermès Parfum d’Hermès (2009) .

Il existe néanmoins plusieurs variétés lichens utilisés pour leurs qualités aromatiques ; ils proviennent pour la plupart des cèdres, des pins et des sapins. Les extraits ne sont pas aussi raffinés que la vraie mousse de chêne, mais ils y sont souvent associés.

Parmi les autres matières premières utilisées dans cette catégorie, il y a également le bois de rose (Aniba rosaedora, Lauracées), dont l’essence extraite (dite « essence de linalol ») donne du naturel aux tonalités florales, le bouleau (Betulae alba, Bétulacées), à partir duquel est obtenu l’huile de goudron de bouleau qui participe aux accords cuir dans les parfums masculins et le gaïac (Gaiacum officinale, Zygophyllacées) dont l’essence à l’odeur douce et balsamique est largement utilisée dans les compositions à base de rose, surtout comme fixatif d’odeur. Enfin, les essences de thuya (Thuya occidentalis, Cupressacées) et du cèdre (Cedrus sp., Pinacées) composent certains accords boisés.

Les résines, les gommes-résines et les baumes

Les résines, les gommes-résines et les baumes sont des exsudations, naturelles ou provoquées par incisions, de certains végétaux. Cette catégorie inclue le benjoin siam, le baume tolu, la myrrhe et l’encens développés ci-après, ainsi que le labdanum (gomme-résine obtenue à partir de l’exsudation des feuilles du Cistus ladaniferus (Cistacées) qui portent des poils sécréteurs), le galbanum (gomme-résine issue de l’incision du tronc du Ferula galbaniflua, Apiacées), l’opoponax (dont l’essence et le résinoïde entre dans la composition de Shalimar de Guerlain) le baume du Pérou ou encore l’élémi (gomme provenant de l’exsudation de l’élémi de Manille).

Bien qu’ils soient de nos jours fréquemment utilisés en parfumerie, la myrrhe, le galbanum, le labdanum, l’opoponax et l’encens figuraient pourtant déjà dans les préparations parfumées des Egyptiens dans l’Antiquité.

♥Le benjoin siam

Le benjoin siam est une résine odorante obtenue en incisant le tronc du Styrax tonkinensis (Styracées), un arbre qui croît au Laos, en Thaïlande et au Viêt Nam . Lorsqu’il est récolté, le benjoin est de consistance semi-liquide avant de rapidement devenir dur et cassant. Le benjoin siam brut se présente sous forme de larmes ou de pains brun-orange. Il est traité par extraction aux solvants volatils pour donner un résinoïde utilisé en parfumerie soit comme fixateur d’odeur soit pour arrondir le fond des compositions ambrées en apportant une odeur vanillée et douce. Le benjoin siam est retrouvé à titre d’exemple dans Opium d’Yves Saint Laurent (1977), Nahéma de Guerlain (1979), Sensi d’Armani (2002), Terre d’Hermès d’Hermès (2006) et Noir de Tom Ford (2012) .

Photographie de pains de benjoin siam

♥Le baume tolu

Le baume tolu (Myroxylon toluiferum, Fabacées) provient d’un arbre originaire d’Amérique du sud qui est principalement cultivé en Colombie et au Venezuela. Cette substance résineuse qui se durcit au contact de l’air se recueille après avoir fait des incisions dans l’écorce de l’arbre. Le résinoïde et l’absolue de baume tolu sont obtenus par extraction aux solvants volatils et dégagent une odeur douce, vanillée et cinnamique.

♥La myrrhe

L’histoire de la myrrhe est certainement aussi ancienne que celle de l’encens. En effet, dans l’Antiquité, les Egyptiens l’utilisaient pour fabriquer le Kyphi et pour les embaumements. Par ailleurs, dans la mythologie grecque, la déesse Myrrhe, fille de Cinyras roi de Chypre, fut transformée en arbre à myrrhe suite à une union incestueuse avec son père. Son fils, Adonis, naquit de cet arbre. Chez les Chrétiens, enfin, la myrrhe est, avec l’or et l’encens, l’un des trois présents offerts par les Rois mages à l’Enfant Jésus.

La myrrhe est une gomme-résine obtenue par exsudation naturelle de l’écorce du Commiphora myrrha ou « arbre à myrrhe » (Burséracées), cultivé en Somalie et en Ethiopie. Elle se présente sous forme de larmes blanchâtres qui prennent une teinte brun-rouge après

oxydation. La gomme récoltée est ensuite traitée par extraction aux solvants volatils pour obtenir un résinoïde ou distillée à la vapeur d’eau afin d’extraire l’essence de myrrhe. Cette dernière, à l’odeur chaude, épicée, balsamique et ambrée, est utilisée dans des accords chypre et fougère ou comme note de fond dans les parfums orientaux tels que Myrrhe & Délires de Guerlain (2012).

Photographie de larmes de myrrhe (Commiphora myrrha)

♥L’encens

L’encens (ou oliban) est récolté sur un certain nombre d’espèces d’arbres appartenant au genre Boswellia, notamment sur Boswellia carterii (Burséracées). Ces « arbres à encens » poussent dans des pays où le climat est sec, aride et chaud tel que la Somalie, le Yémen, le Soudan, l’Ethiopie et l’Inde.

C’est une gomme-résine aromatique recueillie après incision du tronc et des branches de l’arbre . Les entailles provoquent alors le suintement de larmes blanches, qui sèchent et deviennent translucides et ambrées.

Photographie de gommes d’encens

La gomme d’encens est ensuite soit distillée à la vapeur d’eau pour extraire l’essence, soit traitée par extraction aux solvants volatils pour obtenir un résinoïde. Alors que la première est utilisée en note de tête, le second est quant à lui utilisé en note de cœur ou de fond dans des accords orientaux ou boisés. Employé comme fixateur, l’encens apporte également aux parfums des tonalités épicées, fumées, citronnées et balsamiques. Il est par exemple retrouvé dans Black Orchid de Tom Ford (2006), Bleu de Chanel (2010), Belle d’Opium d’Yves Saint Laurent (2010), Madly Kenzo de Kenzo (2011), Coco Noir de Chanel (2012), Gentlemen Only de Givenchy.

Les matières premières d’origine animale

Moins connues que les matières premières végétales, les matières premières d’origine animales sont pourtant intimement mêlées à l’histoire de la parfumerie depuis son origine. Les quatre produits phare, l’ambre gris, le musc, la civette et le castoréum, ont en effet fait autant le bonheur des créateurs de « pommes d’ambre » à l’époque médiévale, que des gantiers- parfumeurs à Grasse ou encore des parfumeurs modernes qui trouvaient le moyen d’exalter les matières végétales en leur apportant un supplément de profondeur et de sillage.

Si elles sont de nos jours presque systématiquement remplacées par des produits de synthèse afin de préserver la survie des espèces, elles méritent néanmoins de s’y arrêter pour comprendre leur rôle dans l’élaboration d’un parfum.

♥L’ambre gris

L’ambre gris (Physeter macrocephalus, Physétéridés) est une concrétion intestinale du cachalot secrétée suite aux blessures causées par les becs de calmars, seiches et autres grands céphalopodes dans son estomac. Rejetée naturellement par l’animal, cette substance brune et cireuse qui dégage une odeur forte et désagréable va flotter à la surface des océans pendant plusieurs mois voire plusieurs années. Sous l’action conjuguée du soleil et de l’eau de mer, l’ambre va ensuite progressivement se solidifier, s’affiner et se décolorer avant de s’échouer sur les côtes. Il se présente alors sous forme de blocs légers et poreux, de couleur gris clair, blanc ou jaune crémeux, dont le poids varie de quelques grammes à plusieurs dizaines de kilos. Après un long séchage, son odeur nauséabonde de poisson laisse place à une senteur ambrée caractéristique, aux accents marins auxquels se mêle parfois une odeur de thé .

Les composés odorants responsables de l’odeur de l’ambre gris, parmi lesquels figure l’ambrox, représentent moins de 0,5% de l’ensemble des composants entrant dans sa composition. Pour la plupart, ce sont des métabolites de l’ambréine, une substance inodore qui constitue la base de l’ambre gris .

Blocs d’ambre gris

L’ambre gris est utilisé par les parfumeurs sous forme de teinture ou d’infusion dans les compositions de prestige pour fixer les parfums volatils et rehausser les notes délicates. Après une macération à froid de plusieurs mois dans de l’alcool pur, l’ambre gris constitue en effet un produit d’une finesse remarquable . Cependant, si sa rareté et son prix extrêmement élevé (à savoir 15 000 € le kilo) en font une matière précieuse, ils contribuent également à sa disparition en parfumerie au profit de molécules de synthèse plus rapides à produire et moins onéreuses.

♥Le castoréum

Le castoréum (Castor fiber, Castoridés) est une matière odorante sécrétée par une paire de glandes internes du castor, appelées poches. Il s’agit d’une substance huileuse et lustrante dont l’animal s’enduit afin d’imperméabiliser en permanence sa fourrure et de marquer son territoire. Autrefois très répandu en France, le castor ne vit plus aujourd’hui qu’en Amérique du Nord, au Canada et en Russie.

Le castoréum constitue un excellent fixateur dans les compositions parfumées. Il est utilisé sous forme de teinture alcoolique, à partir des poches broyées, ou bien directement sous forme de résinoïdes ou d’absolues, obtenus par extraction aux solvants volatils. Il apporte une note animale, chaude, proche du cuir, dans les parfums de prestige de type oriental, chypré, boisé ou ambré. De nos jours, les produits de synthèse se substituent néanmoins peu à peu au castoréum puisque, pour le prélever, il faut tuer l’animal.

♥La civette

La civette ou chat-musqué est un mammifère carnivore très agressif au pelage gris brun tacheté de noir appartenant à la famille des viverridés. Elle est principalement retrouvée dans les provinces du sud-ouest de l’Ethiopie où elle est élevée en captivité.

La civette sécrète au niveau de la région génito-anale une pâte molle, beige ou brune, à l’odeur puissante et fécale, qui est récupérée par curetage puis traitée par extraction aux solvants volatils afin d’être utilisée en parfumerie. En effet, lorsqu’elle est mélangée à d’autres matières premières, cette substance perd son caractère agressif et donne au parfum une note puissante, animale et sensuelle. Cependant, au même titre que l’ambre gris et le castoréum, l’absolue de civette est de nos jours de plus en plus souvent remplacée par des molécules de synthèse.

♥Le musc

En parfumerie, le musc est la sécrétion odorante d’une glande abdominale, située sous la peau, entre le nombril et les organes sexuels du chevrotin porte-musc mâle (Moschus moshiferus, Moschidés). Le chevrotin est un ruminant de la famille des moschidés qui vit sur les hauts plateaux d’Asie, dans l’Himalaya ainsi qu’en Sibérie .

Autrefois, la chasse au musc était pratiquée de manière intensive. Le chevrotin était soit tué soit piégé puis endormi pendant la période de rut afin de pouvoir récupérer la poche contenant parfois jusqu’à 20 grammes de musc en grains. Pour protéger cette espèce, la chasse a été interdite et le commerce du musc est contrôlé par la convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), également connue sous le nom de Convention de Washington. Pourtant, malgré ces mesures, le braconnage subsiste encore . Utilisé sous forme de teinture ou d’infusion, le musc entre comme fixateur dans les parfums masculins et féminins à caractère oriental et leur donne de l’ampleur en leur apportant une note animale et sensuelle. Le chevrotin étant protégé, les muscs de synthèse sont par conséquent très largement utilisés à ce jour et remplace désormais le musc naturel .

Les matières premières de synthèse

Les matières premières de synthèse sont de nos jours la base de la parfumerie. Sans elles, le légendaire N°5 de Chanel, composé par Ernest Beaux à partir d’aldéhydes et d’essence d’ylang-ylang, n’aurait par exemple jamais vu le jour en 1921. Il affirmait d’ailleurs, en 1952, que : « C’est sur les chimistes qu’il faudra compter pour trouver des corps nouveaux grâce auxquels pourraient éclore des notes originales. Oui, pour le parfum, l’avenir est surtout entre les mains de la chimie. » En effet, loin de s’opposer aux matières premières naturelles, les produits de synthèse viennent compléter la gamme de fragrances à disposition du parfumeur. Ainsi, 50 à 90 % de la composition d’un parfum est de nos jours constituée par des molécules de synthèse.

En un siècle, les matières premières de synthèse ont donc considérablement enrichi la palette des créateurs qui disposent désormais de 400 ingrédients naturels et près de 3 000 molécules de synthèse et artificielles pour la création d’une fragrance (http://www.artisa- online.com/). Les produits de synthèse et les produits artificiels étant tous deux utilisés par les parfumeurs, il convient alors de les distinguer :

– Les produits de synthèse sont obtenus par réaction chimique de dérivés qui peuvent être issus d’essences naturelles ou d’autres matières premières sans rapport apparent avec la parfumerie. Ils aboutissent à un composant qui est identique, par sa composition chimique et son odeur, au produit naturel.

– Les produits artificiels sont des notes odorantes inédites qui n’existent pas dans la nature. Dans la plupart des cas, ce sont des produits de synthèse pure.

C’est grâce à la science et à la technique, qui ont toujours été au service de l’art du parfum, qu’il est aujourd’hui possible de reproduire la plupart des molécules odorantes en abondance, et à des coûts accessibles. En effet, née dans les années 1950, la chromatographie en phase gazeuse est une technique qui permet d’identifier et de séparer des molécules d’un mélange très complexe de nature et de volatilité très diverses. Dans les années 1960, l’application de cette technique, couplée à la spectrométrie de masse, a permis l’accélération de l’identification des composants des huiles essentielles. Dans l’huile essentielle de rose, par exemple, 50 molécules avaient été identifiées en 1950, 200 en 1970, 400 en 1990. Certaines d’entre elles ont été reproduites et sont devenues des nouveaux produits de synthèse. Pourtant, l’huile essentielle de rose reste difficilement reconstituable par synthèse car certains de ses composants ne sont pas encore identifiés ou identifiables.

Par ailleurs si certains composés sont prédominants, d’autres ne sont présents qu’à l’état de trace et représentent parfois seulement 0,001% de l’ensemble. Dans la framboise, le principal composé, la frambinone, est présent en trop faible quantité dans le fruit pour que son extraction soit envisageable à un coût raisonnable. Il est plus simple de la recréer synthétiquement. Pourtant, ces mini-composés ne sont pas superflus et contribuent à l’odeur finale, parfois d’ailleurs de manière disproportionnée par rapport à ce qu’ils représentent en pourcentage.

La chromatographie est également utilisée pour contrôler les achats de matières premières, pour identifier et quantifier les composants des parfums du marché. Cette technique est utilisée dans tous les laboratoires de parfumerie. les produits de synthèse les plus importants pour la création en parfumerie, c’est-à-dire ceux dont l’apport olfactif a permis le plus grand progrès depuis de nombreuses décennies.

Principale matières premières de synthèse avec leur année de découverte, leur structure chimique et l’odeur associée.

Molécule de synthèse Année Structure chimique Odeur associée
Acétate de benzyle 1855 Odeur de jasmin
Aldéhyde cinnamique 1856 Odeur de

Cannelle

Coumarine 1868 Odeur de foin fraîchement coupé

 

Molécule de synthèse Année Structure chimique Odeur associée
Vanilline 1874 Odeur de vanille
Ionone 1893 Odeur de violette
Géraniol 1893   Odeur de géranium et de citronnelle
Anthranylate de méthyle 1898   Odeur de fleur

d’oranger

Alcool phényléthylique 1903 Odeur de rose
Undécalactone gamma

(Aldéhyde C14)

1908 Odeur de pêche
Linalol 1919 Odeur de muguet, de freesia
Jasmone 1933   Odeur de jasmin

 

Molécule de synthèse Année Structure chimique Odeur associée
Irone 1947   Odeur de violette, d’iris
Hédione (ou Dihydrojasmonate de méthyle) 1965 Odeur de jasmin
Damascone 1970 Odeur de rose

Grâce à la synthétisation, il a donc été possible de reconstituer des odeurs présentes dans la nature mais qu’il était impossible d’extraire par des moyens classiques. C’est le cas par exemple des fleurs muettes (muguet, lilas, pivoine, jacinthe, la violette…), qui, bien que très odorantes, sont réfractaires aux procédés d’extraction. Il y a celles aussi qui livrent un arôme après traitement différent de celui de la fleur fraîche et qui ne pourrait ainsi pas être identifié comme telle. Ainsi l’œillet exhale une senteur épicée de girofle qui est assez loin de celle enregistrée par notre mémoire olfactive. Enfin, il y a les fleurs qui, en théorie, sont susceptibles de livrer leurs composés odorants, mais dont l’extraction serait si coûteuse que l’industrie y a renoncé (jasmin, tubéreuse etc.). Les matières premières de synthèse n’ont certes pas la finesse des produits naturels mais elles ont une bien meilleure solubilité dans l’alcool, ce qui est un avantage indéniable en parfumerie.

Si les molécules de synthèse ne sont pas toujours moins coûteuses que les matières naturelles, leur choix répond néanmoins plus souvent à des contraintes écologiques, à un souci de constance dans la qualité des produits et aux attentes de volume du marché mondial. En effet, la vente à large échelle de parfum au grand public a inévitablement engendré un besoin de reproductibilité. Or, cela est difficile, voire impossible avec les matières premières naturelles : comme les vins, les huiles essentielles ont leurs bonnes et leurs mauvaises années, aussi bien en qualité qu’en quantité. Les prix des matières premières fluctuent donc beaucoup, et leurs odeurs fluctuent aussi selon l’origine, le savoir-faire du distillateur, la saison, l’année.

En outre, l’apparition des molécules de synthèse a permis de préserver la biodiversité végétale ou animale en reconstituant les principes odorants des matières premières naturelles obtenues à partir d’espèces en voie de disparition telles que la civette, le musc, le santal de Mysore etc. Cependant, il ne suffit pas qu’une substance possède une odeur, fut-elle originale, pour qu’elle présente un intérêt pour l’industrie. Elle doit aussi :

– Pouvoir être formulée harmonieusement avec d’autres molécules odorantes ;

– Etre suffisamment stable ;

– Pouvoir être synthétisée dans des conditions économiquement acceptables ;

– Etre brevetable, en particulier pour sa synthèse ou ses utilisations ;

– Ne pas être toxique, irritante, allergisante, etc.

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