La lavande

« L’âme de la Provence »

« C’est l’âme de la Provence », écrivait Jean Giono en parlant de la lavande. Il est vrai qu’elle apporte une note de gaîté, de fraîcheur dans des paysages souvent arides, peignant en bleu- violet les pentes rocailleuses. Elle est aussi une des rares activités économiques, dans une région délaissée par les hommes.Connue dès l’Antiquité, ses usages sont dès cette époque ceux que l’ont connait maintenant : parfumerie et soins du corps. Les médecins en font grande consommation. Son usage se répand dans toutes les classes sociales au cours du XIX° siècle. Elle devient alors l’une des bases de la fabrication des parfums. C’est à cette époque aussi qu’est entreprise en Provence sa culture sur de grandes étendues. Elle apporte une note de gaîté, de fraîcheur dans des paysages souvent arides, peignant en bleu-violet les pentes rocailleuses. Les hautes terres de Provence sont ses lieux de prédilection. On la trouve dans les monts des Alpes-de-Haute- Provence, les massifs des Hautes-Alpes, les plateaux du Vaucluse, les montagnes de la Drôme et tout particulièrement le plateau de Valensole dans les Alpes-de-Haute-Provence entre Manosque et Moustiers Sainte Marie

Les origines

On ne sait pas trop d’où est originaire la lavande. De Perse ? Des îles Canaries ? Il semble en tout cas qu’elle a été introduite dans le sud de la France dès !’Antiquité, tout comme la vigne et l’olivier. Ses usages sont déjà ceux qu’on lui connaît aujourd’hui : parfumerie et soins du corps.

Dès cette période, on utilise ses fleurs pour parfumer l’eau du bain. Ses vertus médicinales sont reconnues et les pharmaciens et les médecins en font grand usage. Des ouvrages grecs ou romains ayant trait à la médecine, à l’hygiène, à la beauté, en font largement mention. Dioscoride ( 40-90), médecin grec, recommande les infusions à la lavande et la range, dans son Traité sur la matière médicale, parmi les plantes précieuses. On nous dit que le roi Mithridate, au I”‘ siècle avant J.-C. l’utilisait pour confectionner la « Thériaque », un remède contre les morsures de serpents. Depuis ce temps, la lavande ne cesse d’être citée pour ses propriétés. Au Moyen Âge, sainte Hildegarde (1098- 1179) l’emploie dans la préparation d’un collyre. Les moines l’emploient abondamment pour en faire des cataplasmes et des onguents. Ils exploitent ses pouvoirs désinfectants, ses vertus calmantes et cicatrisantes, ses propriétés vermifuges. Lors des grandes épidémies de peste en Provence, il y est fait largement recours sous forme de fumigations*, d’emplâtres, dans le but d’éviter la propagation de la maladie. On brûle dans les rues des brassées de lavande : on pense alors que son odeur puissante éloigne la maladie en purifiant l’atmosphère – en réalité, elle contribuait à éloigner les insectes responsables de la transmission de la maladie.

Au XVII° siècle, elle est très employée à la cour du roi de France pour se débarrasser de la vermine (puces, punaises et mites) et masquer les odeurs parfois désagréables qui gâtent la vie quotidienne. Longtemps appelée « plante du cerveau », la lavande est aussi utilisée pour traiter les crises d’hystérie ou d’épilepsie. Et elle sert à guérir les morsures de serpent, les piqûres d’insectes, pour lutter contre les poux. Une plante miracle en somme, aux innombrables usages plus ou moins efficaces. L’usage en tant que parfum s’en répand dans toutes les classes sociales au cours du XIX° siècle. Elle devient alors l’une des bas es de la fabrication des parfums. C’est à cette époque aussi qu’est entreprise sa culture sur de grandes étendues.

Les plantes utiles

La lavande fait partie des très nombreuses « plantes utiles ». Ce terme est plutôt réservé aux plantes qui ont des vertus médicinales ou cosmétiques –en laissant de côté les plantes alimentaires, les bois de construction, de chauffage … La liste de ces plantes utiles est très longue. Dès l’Antiquité grecque et romaine, des ouvrages comportant des listes de plusieurs centaines de noms étaient consacrées à ces plantes. Le développement de la médecine et de la pharmacopée moderne les a fait oublier dans notre civilisation alors que des sociétés plus traditionnelles y font encore largement usage. Mais les exigences de retour à une vie plus saine, plus naturelle, les font redécouvrir de nos jours. On trouve dans la liste des plantes utiles tous types de végétaux, depuis les arbres jusqu’aux plantes annuelles, aux fougères, aux mousses, et aux champignons. Selon la plante, on peut utiliser la racine, la tige, les feuilles, les fleurs, les fruits ….

La plante

La lavande appartient à la famille des labiées (ou labiacées), comme le thym, le romarin, la sarriette, la sauge, la marjolaine … Ces plantes odorantes poussent spontanément en Provence.

La grande famille des labiées

La famille des labiées compte plus de 3 000 espèces différentes. On en trouve partout mais surtout dans les zones tempérées de l’hémisphère Nord et dans les montagnes des tropiques. Rien qu’en France, on en dénombre au moins 150 espèces. Les labiées sont des plantes herbacées, parfois des arbustes. On les reconnait aisément à leur tige quadrangulaire. Elles possèdent des feuilles simples et opposées. Les fleurs simples sont regroupées en épi ou en grappes. La corolle (ensemble de pétales) est divisée en deux lèvres (d’où le nom donné à cette famille, du latin labium « lèvre »). Les pétales des deux lèvres sont fréquemment soudés. Le fruit est un akène : c’est un fruit sec qui ne contient qu’une seule graine et ne s’ouvre pas à maturité. De nombreuses labiées sont des plantes aromatiques.

La lavande

On compte plus d’une trentaine d’espèces de lavandes, les unes poussant naturellement, les autres étant le fruit d’une culture. Les deux variétés sauvages qui poussent en haute Provence sont la lavande vraie et la lavande aspic. La lavande pousse dans des terres arides, sèches, ensoleillées, au-dessus de 600 mètres. Elle a pu cependant s’acclimater dans des régions plus tempérées, douces, comme celles du nord de l’Angleterre par exemple. Certaines espèces de lavande atteignent jusqu’à un mètre de haut. Un pied de lavande peut vivre de nombreuses années. La tige est feuillue à la base, nue dans sa partie supérieure. Les feuilles sont d’un vert grisâtre, longues, étroites, sans pétiole et opposées. Les fleurs sont groupées en épis au sommet de la plante et sont d’un fort joli bleu-violet. Mais il en existe aussi des variétés à fleurs roses ou à fleurs blanches. L’odeur de la lavande est caractéristique : forte, légèrement camphrée. De nos jours, on voit couramment« de la lavande » dans tout le sud de la France, même en dessous de 600 mètres d’altitude. C’est en réalité souvent du lavandin, fruit d’une hybridation qui a une tige plus longue. Il est cultivé dans les jardins, dans les parcs et les espaces fleuris des villes où il forme des bordures, des haies basses du plus bel effet. Il est apprécié pour sa robustesse et pour sa rusticité. En effet, cette plante ne demande que peu de soins, et n’a besoin que d’une taille annuelle.

Les variétés de France

• La lavande vraie

La lavande vraie, Lavandula angustifolia ou vera ou officinalis, encore appelée « lavande fine », a des feuilles étroites, pousse en moyenne montagne, entre 800 et 1300 mètres d’altitude, et supporte bien le froid. Elle forme de petits buissons denses, arrondis, sur les sols calcaires secs des montagnes méditerranéennes. Son parfum très délicat est le plus recherché en parfumerie.

La lavande aspic

La lavande aspic Lavandula Latifolia ou spica, est encore appelée « grande lavande » ou « lavande mâle ». Elle est de grande taille avec plusieurs ramifications et possède de larges feuilles. Elle pousse dans les terrains calcaires, à moyenne altitude, entre 600 et 800 -plus bas en Corse -, et fleurit en août. Son parfum est trop fort, elle n’est pas cultivée en France.

• Le lavandin

Le lavandin provient de l’hybridation de deux lavandes : la lavande vraie et la lavande aspic. Cela est vraisemblablement dû à l’intervention des insectes lorsqu’ils viennent butiner. Ils transportent alors le pollen d’une fleur à l’autre et favorisent ainsi une hybridation naturelle. Comme beaucoup de plantes hybrides, le lavandin est généralement stérile. Pour le reproduire, on procède par bouturage .

La plante est robuste, plus vigoureuse et plus développée que la lavande. Elles’ adapte facilement à la nature des sols, au climat, à l’ensoleillement. Elle se cultive généralement à plus basse altitude que la lavande. Depuis les années 1920, la part du lavandin ne cesse d’augmenter : il occupe aujourd’hui 80 % de la surface cultivée, contre à peine 20 % pour la lavande vraie.

La garrigue

La lavande est essentiellement une plante de garrigue d’altitude. C’est ainsi qu’on nomme lez formations végétales que l’on trouve sur les sols calcaires dans le domaine méditerranéen. Ce sont des arbustes et des plantes herbacées, implantés sur des terrains calcaires rocailleux. Ces plantes poussent de façon discontinue et laissent entre elles des plaques de sol nu. La garrigue est un sol typique des régions méditerranéennes. L’aridité du sol, la rudesse des étés, la violence des pluies d’hiver, les incendies, rendent ce milieu fragile.

La culture de la lavande

La lavande est devenue une source de richesse pour des régions autrefois en déclin économique : le Vaucluse, la Drôme, les Hautes-Alpes, les Alpes de Haute Provence. D’autres régions de production La culture de la lavande s’est étendue au cours du XXe siècle à des régions présentant des caractères proches de la Provence, comme le Quercy dont le sous-sol calcaire, les étés secs conviennent bien à cette plante. Après la Seconde Guerre mondiale, cette région a assuré jusqu’à un dixième de la production française. La culture de la lavande y a aujourd’hui presque totalement disparu. Par le passé, on récoltait les fleurs des lavandes sauvages, poussant spontanément à travers la garrigue. À cette récolte traditionnelle, fort pénible, peu rentable économiquement, s’est peu à peu substituée, à partir du milieu du XIXe siècle, la culture de cette plante. Celle-ci est devenue aujourd’hui un produit rentable, économiquement intéressant. C’est une ressource précieuse pour les régions de montagnes : « l’or bleu », c’est ainsi que certains l’appellent. Les surfaces cultivées s’accrochent aux flancs des montagnes.

Source : CEPPARM (Comité économique des plantes à parfum, aromatiques et médicinales)

Ces dernières années toutefois, on note en Provence une diminution d’environ 40 % de la culture de lavande à cause de la concurrence des lavandes de Bulgarie ou même des États-Unis. Il existe encore 400 exploitations couvrant environ 3 000 hectares, produisant 50 tonnes d’« huile ». La culture des lavandins s’étend sur 13 000 hectares, intéresse 2 000 entreprises et fournit entre 800 et 1 000 tonnes d’huile essentielle chaque année

La mise en culture

Reproduire des plants de lavande est chose relativement aisée. La lavande vraie est traditionnellement reproduite par semis. On recueille des graines sur des pieds sélectionnés au moment de la récolte. On les sème à l’automne ou au printemps selon la région, dans un sol bien propre, comme on sème des graines de radis ou de salade. Lorsque les plants commencent à lever, on éclaircit les semis. On procède régulièrement au désherbage, à l’arrosage, tout comme on le fait dans un jardin traditionnel. Au bout de deux ou trois ans, on retire les jeunes plants et on les repique.

Des techniques plus récentes font appel au clonage : des cellules prélevées sur une plante-mère sont cultivées en laboratoire

Le lavandin, stérile, ne peut être reproduit que par bouturage. À la récolte, on réserve un certain nombre de pieds vigoureux, en bonne santé. Les boutures, les jeunes pousses, qu’on y prélève au printemps ou à l’automne sont enfoncées dans le sol. Quand elles ont repris racine, on les repique dans un sol pauvre, calcaire ou sablonneux, bien drainé et exposé en plein soleil. Pendant la première année, on supprime les sommités fleuries, afin de stimuler la croissance. Le rendement maximal se situe entre la quatrième et la sixième année. Au bout de dix ans, il faut remplacer la plantation par d’autres cultures.

Un calendrier des travaux

(exemple de la lavande vraie, en région de moyenne montagne)

Mars Plantations. On repique les plants produits en pépinière à partir de semis. Il faut entre 12 000 et 15 000 plants par hectare pour la lavande vraie. Ce travail s’effectue à l’aide d’une machine appelée planteuse : les plants sont saisis un par un dans une pince et plantés à intervalle régulier dans le sol. Juillet Pleine floraison. Il faut récolter les fleurs à leur pleine maturité. La date de la récolte est arrêtée, elle se situe généralement vers la fin juillet. Ce travail s’effectue à l’aide d’une faucheuse mécanique. La distillation se fait sans délai, pour éviter toute fermentation qui gâterait la récolte.
Avril – Mai Il faut biner régulièrement les plantations pour les désherber et éviter que le sol ne se dessèche de trop. Un apport d’engrais est effectué. Août – Septembre. Après la récolte, il faut reprendre les binages.
Juin Début de la floraison. Octobre. Arracher les vieilles plantations de plus de dix ans, préparer le sol, le labourer pour les plantations de printemps.
  Novembre. Semis en pépinière avant les gros froids. Les graines ne germeront qu’au printemps suivant et il faudra trois ans avant de pouvoir utiliser les nouveaux plants.

La récolte

• Autrefois …

À l’origine, la cueillette de la lavande est effectuée à la main, à l’aide d’une faucille, par des bergers ou des paysans sur les hautes terres de Provence couvertes de lavande sauvage dont la dissémination est favorisée par le pâturage intensif des moutons. Lorsque la lavande commence à être cultivée, vers le milieu du XIXe siècle, cela se fait sur des terrasses escarpées, souvent éloignées du domicile. Les meilleures terres sont alors réservées aux cultures de céréales et aux plantes vivrières. La récolte manuelle à la faucille perdure jusqu’à la seconde moitié du XXe siècle. Travail pénible, s’il en fut. La tâche est malaisée en raison de la pente des terres, de la nature du sol, de l’éloignement des parcelles, des difficultés d’accès. C’est essentiellement l’affaire des femmes. Elles partent très tôt dans la montagne, entre 5 et 6 heures du matin, avant de faire les travaux du ménage et de la ferme. En cas de nécessité, on fait appel aux enfants. Longtemps, donc, la récolte de la lavande reste une affaire familiale. Puis, les besoins grandissant, on fait appel à des travailleurs venus de l’extérieur : d’abord des gens originaires des régions voisines, puis des travailleurs étrangers (saisonniers espagnols, italiens). Un bon coupeur récolte de 500 à 600 kg par jour. Métier difficile, ingrat : il faut gravir les pentes parfois difficiles, œuvrer pendant de longues heures sous un soleil ardent puisque la récolte s’effectue en plein été.

• De nos jours …

La première machine à faucher est utilisée en 1958. Le travail est moins soigné, les plants sont parfois endommagés mais le travail mécanique est plus rapide, moins pénible et exige moins de main-d’œuvre. La machine transforme la culture de la lavande : il est impossible d’y recourir lorsque les pentes sont trop importantes ou dans des terrasses trop étroites et inaccessibles autrement qu’à pied. On abandonne donc les terrasses escarpées au profit de terres plus accessibles. Il faut également planter en lignes espacées, permettant le passage de la machine. On continue cependant de couper à la faucille lorsqu’il s’agit de cueillir des fleurs pour confectionner des bouquets ou lorsqu’on veut récolter les graines des plants vigoureux qu’on a sélectionnés en espérant qu’une fois semées elles donneront à leur tour de beaux pieds, sains, florifères.

• Le séchage

Les fleurs coupées sont mises à sécher, liées en gerbes, avant d’être envoyées à la distillerie. Les bouquets sont séchés dans des hangars bien ventilés.

• La distillation

La distillation permet d’extraire l’huile essentielle de la plante. Une huile essentielle est un complexe naturel de molécules volatiles et odorantes, sécrétées par une plante (voir page 12). Pour extraire cette « huile », la substance végétale est déposée dans un alambic où de la vapeur d’eau est injectée. Cela provoque l’éclatement des cellules végétales, La vapeur se charge des molécules huileuses et passe à travers un récipient réfrigérant pour provoquer la séparation des molécules huileuses et des particules d’eau. On recueille ensuite l’« huile » qui flotte à la surface de l’eau.

La distillation de la lavande

Autrefois, la distillation à feu

La distillation est un procédé relativement récent, qui remonte à la fin du Moyen Âge. Elle est liée à l’invention de l’alambic par les Arabes, au XII°siècle. Les alambics d’autrefois étaient en cuivre. C’étaient des alambics simples à feu nu mobile. On les transportait à dos de mulet d’un lieu de récolte à l’autre. Ils contenaient de 100 à 500 litres d’un mélange d’eau, de tiges et de fleurs dans un vase directement chauffé au feu de bois

Dans ce type d’alambic, la vapeur d’eau chargée d’huiles essentielles s’échappe par le col de cygne de l’alambic avant de traverser le serpentin, lequel trempe dans de l’eau froide. En se refroidissant, le mélange se condense et coule dans l’essencier. C’est un vase avec deux robinets placés à des hauteurs différentes. On y laisse décanter ce mélange et l’essence qui est moins dense remonte à la surface de l’eau. On n’a plus qu’à la recueillir par le robinet du haut. Pour obtenir 1 kg d’essence de lavande, il faut environ 130 kg de fleurs. Parfois, pour limiter les pertes de chaleur, l’alambic était entouré d’un mur de pierres ou de briques. Il devenait fixe, mais sa capacité pouvait augmenter jusqu’à 800 litres. Par ailleurs, l’utilisation en fond de cuve d’un panier pour séparer l’eau de la lavande permettait de récupérer les pailles pour les mettre à sécher et les utiliser comme combustible.

Aujourd’hui

• Distillation à la vapeur

Aujourd’hui, les méthodes de production utilisent des appareils plus grands. Le rendement s’est accru, les vases des alambics peuvent recevoir de 5 000 à 6 000 litres. Le vase à fleurs ne contient plus d’eau et n’est pas directement chauffé. Il est traversé par de la vapeur produite dans une chaudière.

• Distillation en « vert broyé »

Ces dernières années a été développé un nouveau système de récolte et de distillation du lavandin. Une benne à distiller est remplie des tiges et des fleurs broyées lors de la coupe. Un camion achemine cette benne vers la distillerie et dépose une benne vide à sa place. À la distillerie, la benne pleine est connectée à l’arrivée de vapeur produite par une chaudière (fuel ou gaz). Un chapeau muni d’un tuyau raccordé à un condenseur de vapeur la recouvre. En fin de parcours, après décantation dans un essencier, l’essence de lavandin est récupérée et l’eau distillée obtenue alimente la tour de refroidissement de l’eau du condenseur. Le principe de distillation à la vapeur reste le même, la technique a évolué pour traiter les importantes quantités de lavandin récoltées et pour réaliser des gains de productivité, afin d’être plus compétitif.

La distillation de la lavande exige beaucoup d’eau. Aussi les distilleries sont-elles le plus souvent possible installées au bord d’un cours d’eau. L’eau étant précieuse en Provence, on évite de la gaspiller : certaines distilleries utilisent ainsi les eaux de pluie qu’elles ont recueillies dans leurs propres citernes. L’eau de distillation est utilisée pour refroidir le système. Le combustible utilisé n’est rien d’autre que de la lavande : des vieux pieds déracinés, de lavande après distillation et séchage. Mais aujourd’hui on voit de plus en plus souvent des chaudières fonctionnant au gaz ou au fuel, ces combustibles ayant l’avantage de produire une chaleur régulière et bien maîtrisée.

L’enfleurage et les solutions

La distillation est le procédé le plus courant pour extraire les principes odorants d’une plante, mais il existe d’autres procédés moins courants et moins connus. Parmi ceux-ci, l’enfleurage et les solutions.

• L’enfleurage

Cette technique est plus particulièrement adaptée lorsqu’il faut extraire le parfum de pétales fragiles, comme ceux de la rose et du jasmin. Les principes odorants de la lavande peuvent également être retirés par enfleurage. Pour cela, on dépose les fleurs de lavande fraîchement coupées sur un mélange gras. On laisse reposer un temps assez long : la graisse absorbe peu à peu les parfums. On chauffe ensuite doucement : on sépare ainsi la graisse, désormais imprégnée du parfum de la plante, des résidus des fleurs. Cette graisse parfumée s’emploie comme une pommade, mais elle est fort chère.

• Les solutions

La partie de la plante dont on souhaite recueillir le parfum est plongée dans un solvant. Il s’agit habituellement d’alcool, d’hexane ou encore de certains dérivés du benzène. On laisse les plantes baigner dans le solvant. L’opération s’achève par l’évaporation de celui-ci. Il reste un extrait pâteux, coloré et parfumé : la concrète. Un procédé récent permet d’extraire le parfum par cette méthode, sans faire appel à l’alcool.

Les huiles essentielles

Il ne faut pas se laisser tromper par le mot « huile » : une huile essentielle n’est pas un corps gras. Elle est constituée uniquement de substances aromatiques volatiles et odorantes. On emploie aussi le terme d’essence. On trouve des huiles essentielles dans toutes les plantes : soit dans les feuilles, soit dans les fleurs, soit encore dans les tiges. L’essence de lavande, par exemple, est obtenue à partir d’une fleur, l’essence de patchouli provient d’une feuille. On admet que les essences se forment dans les parties vertes d’une plante et sont transportées lors du développement de celle-ci vers d’autres parties. On pense qu’une huile essentielle sert à attirer les insectes pour la pollinisation des fleurs ou encore à repousser des micro-organismes dangereux pour la plante. Parmi les plantes qui sont traitées en vue d’obtenir une huile essentielle, citons le basilic, la cannelle, le ciste, l’eucalyptus, le géranium, la girofle, le laurier, la menthe, le romarin, la marjolaine, la sarriette, le thym. Les huiles essentielles ont de multiples usages : elles sont utilisées pour apporter de la saveur au café, au thé, aux vins. Ce sont des ingrédients de base pour la fabrication des parfums. On les utilise dans les savons, les désinfectants. Elles ont aussi des applications en médecine.

 

Ces huiles, très concentrées en principes actifs,

doivent être utilisées avec prudence. En général, elles ne doivent pas être consommées, sauf si elles sont prescrites par quelqu’un de qualifié. Certaines sont déconseillées pendant une grossesse, d’autres sont interdites à des personnes souffrant de maladies de peau, d’hypertension, d’épilepsie …

L’huile essentielle de lavande

« Les vertus de cette huile essentielle sont fort nombreuses : elle est estimée pour les maladies du cerveau, pour les vapeurs hystériques et pour l’épilepsie ; [ … ] elle fait mourir les vers, mais aussi les vermines et les insectes. Quatre ou cinq gouttes d’huile essentielle de lavande dans une cuillerée de vin prise à jeun dissipent la migraine et fortifient l’estomac. » (Poncelet, Chimie du goût et de l’odorat, 1755) L’huile essentielle de lavande est un déodorant puissant : il en suffit de quelques gouttes pour éliminer les mauvaises odeurs. On peut l’utiliser soit pure, soit en mélange avec de l’huile végétale. Les cellules à huile aromatique sont présentes dans toutes les parties aériennes de la plante : feuilles, tiges, mais elles se concentrent surtout sur les fleurs. Le parfum et la concentration de celles-ci dépendent de la variété cultivée, de la nature des sols, de l’ensoleillement, de l’altitude. La meilleure huile essentielle de lavande est celle que l’on obtient par distillation de la lavande vraie, Lavandula augustifolia. 100 kg de cette variété de lavande donnent de 500 g à 1 300 g d’essence dont la densité varie entre 0,875 et 0,892. Plus cette densité est faible, plus le parfum est fin. Cette huile est utilisée en parfumerie, mais aussi en aromathérapie (voir page 15) et en pharmacie. L’huile essentielle de lavandin, dont l’odeur est moins fine, est utilisée principalement dans l’industrie des savons, de la lessive et des produits détergents.

Les usages de la lavande : les parfums

Dans !’Antiquité, les premiers à manier les parfums furent les médecins. Ils utilisaient les essences naturelles pour combattre les affections. Ils disposaient de toute une gamme de produits leur permettant d’adapter les remèdes aux maladies qu’ils rencontraient. Les vertus attribuées aux parfums les rendirent bien vite précieux et ils devinrent très tôt l’objet d’échanges fort lucratifs. Ils étaient aussi appelés à répondre aux exigences du culte. Les religions d’alors imposaient de porter toutes les attentions aux représentations matérielles des dieux. C’est ainsi qu’en Égypte et à Rome on utilisait les parfums pour laver les statues divines. Le procédé de fabrication d’huiles essentielles par distillation n’étant pas alors connu, on utilisait principalement les plantes en infusion ou en fumigations. La lavande est à l’origine de l’industrie moderne des parfums. Elle dans la constitution de nombreux parfums. On lui ajoute d’autres en nombre et en proportions variables afin d’obtenir une senteur bien précise. La parfumerie est née à Grasse (Alpes-Maritimes) en même temps que l’industrie des cuirs et de I’huile d’olive entre le XIV° et le XVI° siècles. Il ne subsiste pl us aujourd’hui que celle de la parfumerie dont la renommée est mondiale et qui en fait la capitale des parfums. Au XIXe siècle, la parfumerie grassoise prend une grande ampleur. C’est alors que, pour répondre à la demande, toute la région se couvre de plantes à parfums. Les plantations de lavande apparaissent, donnant à la Provence un paysage et une couleur caractéristiques.

Les colporteurs

Jusqu’au XIXe siècle, en hiver, des colporteurs quittaient la Provence en direction de l’Europe du Nord pour en diffuser les produits. Ils emportaient ainsi du fil, des menus objets, et des fioles d’huile essentielle de lavande, qu’ils préconisaient dans toutes sortes d’usages : pour la digestion, les maux de tête, les rhumatismes, comme antiseptique et même comme aphrodisiaque – une véritable potion magique, capable de soulager tous les maux !

Un déclin relatif

Vers la fin du XIXe siècle apparaissent les parfums d’origine chimique : on se met alors à fabriquer des parfums synthétiques, moins chers. On utilise des solvants chimiques volatils : benzène, butane et surtout heptane (ce sont des dérivés du pétrole). L’industrie des savons puis des détergents recherche des parfums bon marché : l’odeur de la lavande vraie est appréciée, mais son huile essentielle est beaucoup trop chère pour l’industrie de masse. C’est alors, à partir des années 1920, qu’on se met à cultiver de façon intensive le lavandin dont le parfum est moins raffiné, mais qui est beaucoup plus productif, moins coûteux, et donc mieux adapté aux besoins de l’industrie. Les parfums naturels n’ont toutefois jamais cessé d’être produits et recherchés. Accompagnant la mode pour les produits naturels et pour une médecine douce, on assiste même actuellement à leur réhabilitation. De nos jours, la lavande vraie est avant tout utilisée pour son parfum, et le lavandin une plante ornementale prisée. Il apporte par ses fleurs à la couleur caractéristique une note agréable et parfumée dans bien des jardins. On le plante soit en massifs, soit en bordures. Dans la maison, un bouquet de lavande ou quelques gouttes d’huile essentielle éloignent de façon naturelle et sans danger pour l’homme les mites, mouches, moustiques, fourmis, tous ces insectes qui viennent parfois désagréablement troubler notre vie quotidienne. Les usages de ce produit naturel sont nombreux et ne demandent qu’à être redécouverts.

Être nez

En parfumerie, le soin de juger de la qualité d’un parfum revient aux « nez ». Il faut pour cela posséder un odorat délicat, fort sensible, susceptible de discerner de très faibles différences d’odeurs, de distinguer des senteurs difficilement perceptibles, de découvrir un parfum au milieu d’autres. Le « nez » hume, flaire, renifle les odeurs, les compare, les classe. C’est lui qui met au point les combinaisons qui donneront naissance aux nouveaux parfums.

Les usages de la lavande : soins et médecine

Dès !’Antiquité classique, les médecins grecs avaient développé une médecine fondée sur l’utilisation de nombreuses plantes, associée à des exercices physiques et à la musique. Une recherche d’équilibre, de connaissance de soi qui rejoint, par-delà les siècles et les continents, nos préoccupations actuelles Les recherches scientifiques actuelles confirment l’intérêt que peuvent représenter les plantes pour la santé. Les plantes traditionnelles sont étudiées scientifiquement, des expéditions sont lancées dans des régions dans l’espoir de découvrir des espèces nouvelles, permettant de soigner des maladies aujourd’hui incurables. Rappelons que la médecine par les plantes, si elle est naturelle, n’est pas pour autant inoffensive : certaines plantes peuvent être dangereuses voire mortelles pour l’homme et leur utilisation ne peut se faire sans avoir recours à l’avis d’un spécialiste. La lavande occupe une place toute particulière dans la phytothérapie* tant ses applications sont variées et son efficacité certaine. Elle contient en effet de nombreux composants ayant une efficacité thérapeutique. C’est un puissant microbicide sans danger pour l’homme. Elle aide à la cicatrisation des plaies, à la cautérisation des brûlures, à la résorption des foulures et des entorses. Elle soulage les douleurs rhumatismales.

Elle est conseillée pour aider à calmer les vertiges, à soigner l’eczéma, l’asthme, les rhumes, pour favoriser la digestion, le sommeil. .. Il semble que la senteur de la lavande joue un rôle dans la thérapie. En voici quelques utilisations:

Talc à la lavande

Traité à la lavande, le talc possède des propriétés antiseptiques, sédatives, cicatrisantes, désinfectantes. Il permet d’adoucir la peau sans la dessécher et évite tout échauffement.

Eau de toilette

La lavande donne à l’eau de toilette une agréable sensation de fraîcheur tout en gardant un arôme discret.

En fumigations

Elle désinfecte les voies respiratoires.

En compresses

Elle calme les·douleurs et les effets des contusions. Elle aide à la désinfection des petites blessures et favorise la cicatrisation,

En lotion

Elle combat efficacement l’eczéma et les brûlures.

Recettes à base de lavande

Ces recettes sont sans danger

Crème encaustique à la lavande

  • • 350 g de cire d’abeille
  • • 475g d’essence de térébenthine
  • • 1 litre d’eau
  • • 50 g de savon noir
  • • huile de lavande.

Préparation : faire fondre la cire dans l’essence de térébenthine dans le haut d’une casserole dont le bas est rempli d’eau bouillante. Dans une autre casserole, porter doucement à ébullition un litre d’eau, y ajouter le savon. Laisser les deux mélanges refroidir avant de verser peu à peu le savon dans la cire ramollie jusqu’à obtenir une crème épaisse. Ajouter alors l’huile essentielle de lavande goutte à goutte jusqu’à ce qu’on en sente l’odeur.

Contre les maux de tête

  • • 4 parties de verveine séché
  • • 2 parties de lavande séchée
  • • 1 partie d’origan séché
  • • quelques clous de girofle

Faire une infusion avec ce mélange.

Pour parfumer l’eau du bain et la rendre délassante

  • • 1 partie de fleurs de lavande
  • • 2 parties de fleurs de lamier
  • • 4 parties de farine d’avoine
  • • 4 parties de son

Faire tremper le tout pendant 1 heure dans une casserole, en le recouvrant d’un couvercle bien fermé. Filtrer. Verser le liquide obtenu dans le bain.

Une huile à la lavande

Elle soigne les douleurs, les blessures, résorbe les enflures qui peuvent résulter des chutes.

Pour en obtenir : Faire mariner 3 jours durant au soleil une poignée de fleurs de lavande dans 1 litre d’huile d’olive. Passer. Remettre des fleurs fraîches jusqu’à ce que l’huile soit très parfumée.

L’apiculture

La culture de la lavande a eu pour conséquence le développement de l’apiculture. L’intérêt d’associer les plantes aromatiques et l’apiculture est connu depuis longtemps, les abeilles jouant un rôle indispensable dans la reproduction des plantes et le maintien d’une diversité génétique des espèces. Comme pour toutes les labiées, il semble que la forme de la corolle des fleurs favorise la pollinisation. En venant butiner une fleur, l’abeille se frotte aux étamines et son dos se couvre de pollen. En pénétrant dans une autre fleur, le dos de l’abeille est alors en contact avec le stigmate de celle-ci et assure ainsi sa pollinisation.

La pollinisation croisée

Dans 70 % des cas, une fleur contient en même temps les organes mâle et femelle. Pourtant, il est rare que le pollen (semence mâle) d’une fleur tombe sur le pistil (organe femelle) de celle-ci. Souvent, le développement des deux organes, au sein d’une même fleur, n’est pas simultané. La pollinisation croisée est plutôt la règle : le pollen d’une fleur va se déposer sur le pistil d’une autre fleur et la féconde. Cela permet de croître la diversité génétique qui favorise la survie de l’espèce.

Les étamines (organes mâles) fabriquent du pollen : c’est l’équivalent de spermatozoïdes chez les animaux. Le pistil fabrique un ou plusieurs ovules. Un grain de pollen qui tombe sur le pistil se dirige vers l’ovule, contenu dans l’ovaire au fond du pistil. La fécondation de l’ovule par le pollen provoque la fermentation d’une graine ou d’un fruit. La pollinisation croisée est le fait des éléments naturels (vent par exemple), de certains animaux, des insectes et surtout, parmi ceux-ci, des abeilles : elles sont indispensables à la formation de nombreux fruits.

Le miel de lavande et de lavandin

En Provence, ce miel réputé se récolte sur les champs de lavande du plateau de Valensole, Riez, Puimoisson au sud, et du plateau d’ Albion, Banon, Vachère au nord. On retrouve le parfum de lavande dans le miel, un miel qui est sucré, savoureux. C’est aussi un miel précieux : il conserve une partie des propriétés de ces plantes. Il était autrefois très utilisé contre la grippe (infusion), les maladies pulmonaires, les ulcères de l’estomac. C’est un miel de très haute qualité possédant un goût et une saveur incomparables, chargés des senteurs de la lavande et des lavandins. De couleur ivoire à jaune ambré, il est liquide dans les premiers mois, solide ensuite, de cristallisation très fine : c’est alors « du beurre de miel ». Le miel de lavande est, à juste titre, celui qui est vendu le plus cher.

L’Appellation d’origine contrôlée

Cette appellation : « Huiles essentielles de lavande de Haute-Provence » a été établie en 1981, afin de garantir l’origine de la lavande commercialisée, et d’assurer une production d’huile essentielle de très haute qualité. Afin aussi de se prémunir contre la concurrence régionale ou étrangère … Une aire géographique comprenant 284 communes des Alpes de Haute-Provence, des Hautes-Alpes, de la Drôme et du Vaucluse a été définie. Les critères de plantation sont définis avec précision, l’huile produite est soumise à des examens et à des analyses qui certifient sa conformité à la norme.

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