Matières premières aromatiques

La parfumerie est l’un des arts qui utilise le plus grand nombre de matières premières. Plus de 200 substances différentes peuvent entrer dans la composition d’un seul parfum. Des centaines de produits naturels et des milliers de produits chimiques sont à la disposition des fabricants. Pendant très longtemps, ces produits étaient d’origine naturelle, végétale ou animale. Puis, à partir du XIXème siècle, avec le développement de la chimie, des molécules parfumantes furent isolées et caractérisées, ce qui donna des matières premières d’origine synthétique.

Matières premières végétales

Les matières premières végétales sont très utilisées en parfumerie. Plusieurs dizaines de plantes peuvent faire partie d’un même parfum. Si les fleurs sont les parties des végétaux les plus employés en parfumerie, elles ne sont pas les seules. Certaines matières utilisées quotidiennement à d’autres fins sont également connues des parfumeurs tels que les fruits, les graines, les boutons, les racines, les feuilles et les tiges, le bois, l’écorce, la résine, la mousse. Un aperçu de la grande diversité des espèces végétales employées est donné dans le tableau 1 qui regroupe et décrit succinctement leur aspect botanique et les parties utilisées, les molécules les constituant et utilisées pour leur odeur, les procédés permettant leur extraction et leurs usages dans les parfums et produits cosmétiques.

Tableau 1 : Les principales matières premières végétales utilisées dans la composition des parfums (aspects botaniques, constituants odorants majeurs, procédés d’extraction et emplois en parfumerie et cosmétiques). Tableau établi à partir de Ansel (2001), Boullard (1995), Boudouresque (2007), De Feydeau (2011), Guéguen (2006), Ghozland et Fernandez (2010).

Matières premières animales

Les matières premières d’origine animale utilisées actuellement ne sont plus qu’au nombre de quatre : l’ambre gris, le musc, le castoréum et la civette. Certaines sécrétions animales sont nettement odorantes et contribuent, dans les mélanges où on les inclut, à en stimuler la persistance et la qualité de diffusion en empêchant les constituants du parfum les plus volatils de s’évaporer rapidement (Boullard, 1995). Les changements de mode, la difficulté d’approvisionnement, la protection des espèces menacées et les coûts importants expliquent la diminution des matières premières animales en parfumerie. Ces produits étant très onéreux et les espèces animales protégées, on tend de plus en plus à les remplacer par des produits de synthèse pour recréer ces rares fragrances (Guéguen, 2006).

L’ambre gris

L’ambre gris reste encore une matière mystique pour les parfumeurs. Il s’agit d’une substance libérée par les intestins du cachalot (Physeter macrocephalus) spontanément ou après sa mort. Il s’agirait d’une sécrétion qui permettrait à l’animal de cicatriser les plaies occasionnées, dans le tube digestif, par les becs de calamar qu’il dévore. Fraîchement expulsé, l’ambre possède une odeur désagréable, une couleur noirâtre et une consistance molle. Sous l’effet de l’eau de mer et de l’atmosphère, l’ambre s’éclaircit peu à peu, devient gris argent à jaune or, se durcit, son odeur s’affine, devient plus suave et presque agréable et au final, il est presque blanc. (Guéguen, 2006). Le flottage en mer est nécessaire pour aider l’ambre à mûrir, c’est pourquoi chasser le cachalot pour s’en procurer est inutile. L’ambre collecté est léger, poreux, gris clair à blanc. Après plusieurs mois de séchage, son odeur nauséabonde de poisson laisse la place à une senteur ambrée caractéristique, aux accents de rivage marin (Boullard, 1995).Matière très recherchée, le prix de l’ambre gris varie en fonction de la production et de sa qualité olfactive et peut atteindre 150 000 euros pour un kilogramme. Il est utilisé en parfumerie sous forme de teintures (et parfois d’infusions) obtenues après broyage de l’ambre et macération dans l’alcool pur pendant plusieurs mois (Guéguen, 2006). L’ambre gris est dissout dans l’alcool à 96 % pour obtenir une teinture à 3 % environ qui doit ensuite subir une maturation pendant 12 à 18 mois, ce qui constitue une immobilisation de capital importante car l’ambre gris vaut très cher (De Feydeau,2011). La composition chimique de l’ambre gris est très complexe. Les deux principaux composants sont l’ambréine (25-45%), de la famille des terpènes, et l’épicoprostérol (30-40 %) qui sont tous les deux inodores. Les composés odorants représentent environ 0,3% de l’ensemble et sont pour la plupart des métabolites de l’ambréine. Quand l’ambre est formé, sa couleur est brun foncé mais devient gris clair ou jaune crémeux sous l’action de l’eau de mer, du soleil et de l’air. En même temps, des processus chimiques dégradent l’ambréine en un mélange de composés dont certains sont inodores tandis que d’autres, parmi lesquels figure l’Ambrox, sont responsables de l’odeur caractéristique de l’ambre (Sell, 1990). En 1977, Mockerjee a identifié dans la teinture d’ambre gris près de 100 composés. Les composés clés qui donnent à l’odeur son caractère sont :

Les produits à odeur d’ambre utilisés en parfumerie sont essentiellement d’origine synthétique ou semi-synthétique. Des composés issus de plantes de la famille des Pandanus, de la sauge sclarée, de la mousse de chêne et de champignons, sont transformés en composés ambrés. On peut citer la synthèse, par Hinder et Stoll en 1950, de l’Ambrox à partir du sclaréol qui est d’abord oxydé en lactones qui sont ensuite réduites par LiAlH4. La synthèse à partir de sources chimiques classiques est possible mais difficile à cause de la stéréochimie complexe des molécules cibles (Sell 1990).

L’ambre gris intervient dans la note de fond d’une composition pour fixer les parfums volatils. Il dégage une odeur marine légèrement musquée, terreuse et de tabac. Du fait de son prix extrêmement élevé, l’ambre gris est considéré comme une matière précieuse et utilisée avec parcimonie par les parfumeurs. On le retrouve dans Septième sens de Sonia Ryckiel ou Coco de Chanel (Guéguen, 2006).

Des quatre extraits animaux utilisés en parfumerie (musc, civette, ambre et castoréum), c’est l’ambre gris qui a le moins de caractère animal et la plus grande ténacité. Une mouillette imbibée d’une solution à 3 % peut sentir durant des mois (Chastrette, 2012).

Le musc

Le musc provient du chevrotin porte-musc (Moschus moshiferus) qui est un mammifère ruminant asiatique de la famille des Cervidés. Le chevrotin mâle possède une glande abdominale, située entre le pubis et l’ombilic, qui peut contenir jusqu’à 20 grammes de musc (Guéguen, 2006). L’extraction se fait en période de rut en ponctionnant les poches sécrétrices sur un animal sauvage anesthésié ou sur un animal d’élevage. Le musc est un produit onctueux à l’état frais, devenant grumeleux en se desséchant. De couleur brun noirâtre, il émet une odeur ammoniaquée et pénétrante, liée à une cétone, la muscone (Boullard, 1995). Il est préparé en teintures qui mûrissent pendant de longues années de stockage (Guéguen, 2006).

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C’était une matière première très utilisée durant l’Antiquité grecque et romaine puis à la Renaissance par les parfumeurs. Mais aujourd’hui, la chasse a été interdite pour protéger l’espèce et l’exportation du musc est très réglementée (Guéguen, 2006). Il n’est presque plus utilisé, que sous sa forme de synthèse, le musc Tonkin, à l’odeur douce, ronde et chaude, qui accentue la ténacité et arrondit la composition des parfums (De Feydeau, 2011). L’odeur du musc Tonkin peut être reconstituée par les parfumeurs (notamment à l’aide d’une base appelée “animalis”) et a une odeur extrêmement forte, animale, boisée, très extrême. La synthèse des muscs synthétiques a commencé très tôt et se poursuit toujours dans les laboratoires des grands groupes de la parfumerie comme IFF, Givaudan, ou Firmenich, qui sont les inventeurs et les détenteurs de recettes complexes et tenues secrètes pour recréer des nouveaux muscs qui redoubleront de tenue, de chaleur, de sensualité, et d’unicité (Anonyme, 2012). Les molécules inventées se doivent également de ne pas avoir un impact négatif sur l’environnement ou la santé. Il en existe plusieurs familles :

o Les nitro-muscs, dont fait partie le musc cétone, à l’odeur poudrée, animale et florale, ont été largement utilisés dans la parfumerie du vingtième siècle, et sont aujourd’hui interdits par la législation.

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  •  Les muscs polycycliques, bien que de plus en plus incriminés pour leur impact sur l’environnement, sont tout de même encore utilisés, comme la galaxolide, à l’odeur propre, poudrée, florale violette, et légèrement mûre et framboise.
  • Les muscs macrocycliques, les plus « inoffensifs » aux yeux de la législation, sont de plus en plus utilisés : l’habanolide, un musc à l’odeur cireuse, chaude, qui rappelle le
  • beurre de cacao ou la cire d’une bougie. La muscenone a une odeur poudrée, boisée et complexe, qui évoque la peau d’un bébé (la peau contient naturellement des muscs, ce qui confère toujours à ces molécules une évocation très « sensuelle »).
  • L’exaltolide sent à la fois la peau de bébé, la mûre, et donne une impression poudrée et cotonneuse. Ce musc a la propriété d’exalter les parfums, d’où son nom. Même si c’est le fruit d’une synthèse chimique, on en retrouve à l’état naturel dans la mûre ou l’angélique.

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Le musc est utilisé comme fixateur de parfum et amplificateur de sillage. C’est une note de fond. On retrouve souvent le musc dans les parfums ambrés et orientaux comme dans Trésor de Lancôme par exemple (De Feydeau, 2011).

Le castoréum

Le castoréum est une sécrétion odorante du castor (Castor fiber et Castor canadensis), mammifère rongeur. Il est sécrété par une paire de glandes internes, situées entre l’anus et les glandes génitales chez les deux sexes. C’est une substance cireuse, huileuse et lustrante qui permet à l’animal de graisser son poil pour le protéger contre les agressions extérieures et pour marquer son territoire (Guéguen, 2006). Jaunâtre, âcre, onctueux et fétide, le castoréum devient foncé et dur en vieillissant avec une odeur goudronneuse et cuivrée (De Feydeau, 2011). Le castoréum est constitué par une centaine de composés chimiques dont les proportions varient en fonction du régime alimentaire. Après macération dans l’alcool, on retrouve du bornéol, de l’alcool benzylique et un grand nombre d’autres composés d’origine végétale selon les écorces de conifères ingérés par le castor (Boullard, 1995).

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Le castoréum est utilisé comme fixateur de composants volatils, il est souvent intégré pour les parfums tenaces et sensuels. Il donne une note animale, chaude, proche du cuir que l’on retrouve dans les parfums masculins ou orientaux, chyprés comme Bel ami d’Hermès (De Feydeau, 2011).

La civette

La civette est une sécrétion produite par une glande périnéale d’un petit mammifère carnassier d’Afrique, la civette (Viverra civetta). Elle dégage une odeur très forte, et est limpide et jaune pâle. Elle fonce et prend la consistance d’une pommade au contact de l’air. A l’état sauvage, l’animal marque son territoire en libérant le contenu de la glande. Mais de nos jours, on pratique l’élevage de civettes et le produit commercial est obtenu par curetage hebdomadaire de la poche glandulaire située sous la queue (Guéguen, 2006). La production totale annuelle de civette ne dépasse pas 2 tonnes (Boullard, 1995). La qualité de la matière première dépend largement du régime alimentaire de l’animal. L’extraction se fait par l’acétone ou l’alcool. L’extrait est un résinoïde fluide couleur rouge brun. Une fois diluée, la fragrance acquiert son sensuel arôme (Guéguen, 2006). L’étude de la composition chimique met en évidence, entre autres 145 composés, la présence d’une lactone macrocyclique, la civettone, et de la dihydrocivettone, ainsi que du civettol et des acides gras (Boullard, 1995).

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Mélangée à d’autres produits, la civette perd de son caractère agressif et donne au parfum un rayonnement de chaleur animale et de sensualité. Elle intervient en parfumerie comme fixateur comme dans Nina de N. Ricci (De Feydeau, 2011).

Produit s d e synthèse et d ’h émi synthèse

La chimie de synthèse s’oppose à l’extraction : elle permet de reproduire une odeur “sur mesure” à partir de composés naturels ou artificiels (Anonyme, consulté en août 2012). Pendant très longtemps, les composés aromatiques ont été uniquement d’origine naturelle, végétale ou animale. On a par la suite extrait et identifié les principes actifs des plantes (alcaloïdes, hétérosides, coumarines, polyphénols, triterpènes). Vers la fin du XIXème siècle avec le développement de la chimie, les molécules parfumantes furent isolées et caractérisées. Cette percée permit alors le développement de l’industrie de la parfumerie de synthèse qui fut une véritable révolution pour la parfumerie en élargissant l’éventail des sources et en permettant de créer des évocations olfactives nouvelles à bien moindre coût par synthèse (Guéguen, 2006). Aujourd’hui, aucun parfumeur ne compose un parfum uniquement à partir de produits naturels. Il convient de distinguer la différence entre produits de synthèse et produits artificiels :

  •  Les produits de synthèse sont obtenus par réaction chimique de dérivés qui peuvent être issus d’essences naturelles ou d’autres matières premières sans rapport apparent avec la parfumerie. Ils aboutissent à un composant qui est identique, par sa composition chimique et son odeur, au produit naturel.
  •  Les produits artificiels sont des notes odorantes nouvelles introuvables dans la nature. Dans la plupart des cas, ce sont des produits de pure synthèse, mais certains peuvent être tirés d’éléments existants dans la nature.

Les composés de synthèse et artificiels :

  • Sont strictement contrôlés ce qui diminue les fraudes.
  •  Permettent de produire des quantités suffisantes d’essences (n’existant qu’en faible quantité dans la nature), leur approvisionnement ne dépendant pas de facteurs limitant comme le climat.
  • Participent à la sauvegarde de certaines espèces animales et végétales ainsi qu’à la réduction du coût pour certaines matières premières naturelles très chères et très rares sans contrainte de production limitée (jasmin, rose, tubéreuse).

La connaissance des constituants chimiques d’une essence naturelle et leur reproduction par des méthodes de synthèse permettent de choisir, parmi eux, ceux qui présentent un intérêt et d’éliminer les indésirables. Ainsi les matières d’origine synthétique apportent le contraste, alors que les huiles essentielles adoucissent les notes (Ho Tan Tai, 1999). Depuis 1400 environ, le parfumeur disposait d’une centaine d’essences. Mais les mélanges se limitaient surtout aux parfums à odeur de rose ou de violette. Avec la parfumerie alcoolique, dès 1880, arrivent sur le marché des produits nouveaux. La parfumerie bénéficie d’un élan de créativité et l’on voit apparaître des parfums qui mélangent des produits naturels, des essences classiques et des produits de la chimie. C’est ainsi qu’un aldéhyde à l’odeur désagréable associé à de l’essence d’ylang-ylang donne naissance au célèbre parfum, Chanel n°5, en 1921, qui sera numéro un des ventes pendant des décennies. Avec les années soixante, les parfums contiennent de plus en plus de produits de synthèse en petite quantité. C’est l’omniprésence du musc artificiel. Il faut attendre les années 1980 pour savoir fabriquer un parfum “sur mesure” car jusque là, les chimistes procédaient par analogie. Ils peuvent désormais reproduire une odeur à volonté (Anonyme, consulté en août 2012). La science et la technique furent toujours au service de l’art du parfum, pour réaliser ces progrès. Ainsi, la chromatographie naît dans les années 1950. La chromatographie en phase gazeuse est une technique qui permet d’identifier et de séparer des molécules d’un mélange très complexe de nature et de volatilité très diverses. Dans les années 1960, l’application de cette technique, couplée à la spectrométrie de masse, a permis l’accélération de l’identification des composants des huiles essentielles. Da ns l’huile essentielle de rose, par exemple, 50 molécules avaient été identifiées en 1950, 200 en 1970, 400 en 1990. Certaines ont été reproduites et sont devenues des nouveaux produits de synthèse. La chromatologie est aussi utilisée pour contrôler les achats de matières premières, pour identifier et quantifier les composants des parfums du marché. Cette technique est utilisée dans tous les laboratoires de parfumerie (Ghozland et Fernandez, 2010).

Exemple d’une molécule de synthèse : la coumarine

Le nom de coumarine vient de “cumaru” qui est le nom, dans une langue amazonienne, de l’arbre de Tonka dont les fèves contiennent 1 à 3% de coumarine. Elle est présente en quantités plus faibles dans plusieurs plantes comme le mélilot, la sauge sclarée et la lavande. On la trouve aussi dans le miel, le thé vert, la cannelle, etc. La coumarine est stockée dans la plante sous la forme de glucoside de l’acide coumarinique qui se transforme en coumarine sous l’action d’enzymes ou du soleil (Chastrette, 2012).

Chimie de la coumarine

Le composé a été isolé par A. Vogel, en 1820, à partir des fèves de Tonka. Il a été synthétisé en 1868 par W.H. Perkin, par la célèbre réaction de Perkin, à haute température, à partir de l’aldéhyde salicylique et d’un anhydride d’acide (CH3CO)2O en présence d’une base faible (CH3COONa). Le procédé utilisé actuellement par Rhodia, leader mondial sur le marché, part aussi de l’aldéhyde salicylique (la synthèse de la coumarine consomme la moitié environ de la production annuelle d’aldéhyde salicylique). La production industrielle a commencé en 1876, chez Haarmann et Reimer. La coumarine de formule brute C9H8O2 (M = 146,15) est un solide cristallisé (F = 69-70°C, Eb = 301°C). Elle est soluble dans l’eau et encore plus dans le phtalate d’éthyle. Elle est stable en milieu modérément alcalin, ce qui permet de l’utiliser dans les savons, mais est hydrolysée en milieu très basique en sel de l’acide coumarique, inodore.

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Odeur de la coumarine

L’odeur est décrite comme odeur de foin fraîchement coupé, mais elle est assez complexe. Le produit concentré a des notes crémeuses, caramel, gousse de vanille. En solution diluée, les notes sont foin coupé, noisette et amande. Les autres facettes parfois citées sont : aigre, doux, épicé, frais, herbe. L’odeur est très sensible à la présence d’impuretés et l’aldéhyde salicylique, produit de départ dans la synthèse, doit être éliminé car il donne une note poussiéreuse gênante. Le seuil olfactif (défini comme la concentration au dessous de laquelle 50 % des personnes testées ne sentent rien) est, d’après des mesures faites chez Givaudan-Roure, de 0,23 ng par litre d’air ambiant, ou encore 1,6 10-12 mol par litre.

La coumarine en parfumerie

La première utilisation de la coumarine dans un parfum semble être dans la composition par Paul Parquet, en 1882, de Fougère Royale de Houbigant, qui en contenait environ 10 %. Ce parfum est le premier d’une famille dite “Fougère” qui a été définie après son succès. En 1889 le célèbre parfum Jicky de Guerlain utilise une association coumarine / mousse de chêne / salicylate d’amyle / ciste. Il appartient aussi à la famille “Fougère”. Aujourd’hui, la coumarine entre dans environ 90 % des compositions parfumées et, a une concentration supérieure à 1 %, dans 60 % des compositions. Ce succès est dû à la capacité de la coumarine à s’associer avec d’autres produits. Ainsi, elle atténue le côté « arôme alimentaire » que pourraient donner la vanilline et l’éthylvanilline dans un parfum. L’accord vanilline/coumarine comme base, donne, avec l’essence de bergamote, un effet de chypre. Dans les compositions, elle a un effet retardateur ou fixateur. On admet que 20 g de coumarine ont le même effet que 1 kg de poudre de fèves de Tonka (Chastrette, 2012). Des progrès conséquents ont été réalisés avec la synthèse de composés chimiquement et structuralement définis. Des travaux d’identification et de préparation de substances analogues de produits naturels ont été réalisés depuis 1950. La découverte de la bêta-damascone a fourni une première réponse à la question de l’interaction-molécules. Avec l’avènement de la chimie de synthèse sont apparues les premières molécules odorantes pures dont l’une des plus connues est l’alpha-ionone (découverte par Tiemann en 1898). Les aldéhydes à chaîne en C8-C12 constituent une classe de produits odorants de grande qualité mise en évidence également au début du XXème siècle par le chimiste E. E. Blaise. Ils ont été à l’origine de la production de parfums célèbres (N°5 de Chanel, Femmes de Rochas). Un autre produit, le jasmonate de méthyle, est un ester découvert en 1962. Des analogues hydrogénés, dont le dihydrojasmonate de méthyle, sont à l’origine des parfums à base d’odeur de jasmin que l’on trouve dans Eau Sauvage de Christian Dior (Le Perchec, 1994). Ont été cités dans le tableau 2, les produits de synthèse les plus importants pour la création en parfumerie, c’est-à-dire ceux dont l’apport olfactif a permis le plus grand progrès depuis de nombreuses décennies.

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Les premiers produits de synthèse furent donc d’abord utilisés comme des renforçateurs d’odeurs naturelles avant d’apporter aux parfumeurs des notes inédites et disponibles par la suite à des prix plus intéressants. Les produits synthétiques n’ont pas la finesse des produits naturels mais ils ont une bien meilleure solubilité dans l’alcool, ce qui est un avantage indéniable en parfumerie (Boudouresque, 2007). De plus, l’utilisation croissante des synthétiques a permis l’abaissement des coûts et a conduit au développement rapide de la diffusion des produits parfumés, extraits alcooliques, savons, produits cosmétiques (Ho Tan Tai, 1999). Bon nombre de matières odorantes et de senteurs naturelles sont le fruit de la chimie de synthèse ou de l’hémisynthèse qui ont permis de préserver la biodiversité végétale ou animale en sauvegardant des espèces en voie de disparition. Les méthodes analytiques peuvent maintenant détecter dans notre environnement des composants à l’état de traces de l’ordre du nanogramme ou du picogramme. Ces méthodes sont très précieuses pour aider le nez du parfumeur (Guéguen, 2006). Loin de s’opposer aux matières naturelles, les produits de synthèse sont leurs indispensables compléments. La chimie peut renouveler à l’infini la palette parfumée des créateurs. En un siècle, plus de 2000 nouvelles matières premières odorantes ont enrichi la chimiothèque des parfumeurs permettant de se libérer des contraintes de la culture, de la récolte et de l’extraction. Actuellement 1 kg d’absolue de jasmin coûte environ 28 000 euros alors qu’1 kg d’Hédione synthétique à odeur de jasmin ne coûte que 45 euros (Guéguen, 2006). Aujourd’hui la chimie de synthèse est devenue un élément indispensable à la création. Sur un marché en quête perpétuelle d’innovation, la découverte de nouvelles molécules et de nouveaux effets est un véritable trésor concurrentiel. Une nouvelle molécule est d’abord réservée à la parfumerie alcoolique et ceci pour des raisons économiques et de marketing. Après son introduction sur le marché de la parfumerie sélective, celle-ci va être utilisée dans les produits cosmétiques et lessiviers de la parfumerie fonctionnelle (Ghozland et Fernandez, 2010). Cependant, le domaine des fragrances et des arômes ne se réduit pas à la recherche de nouvelles molécules (Meierhenrich, 2005). Il ne suffit pas qu’une substance possède une odeur, fut-elle originale pour qu’elle présente un intérêt pour l’industrie. Elle doit aussi :

  •  pouvoir être formulée harmonieusement avec d’autres molécules odorantes ;
  • être suffisamment stable ;
  •  pouvoir être synthétisée dans des conditions économiquement acceptables ;
  •  être brevetable, en particulier pour sa synthèse ou ses utilisations ;
  • ne pas être toxique, irritante, allergisante, etc.

La parfumerie moderne est aussi une parfumerie standardisée : la vente à large échelle de parfum au grand public a inévitablement engendré un besoin de reproductibilité. Or cela est difficile, voire impossible, avec les matières premières naturelles. Comme les vins, les huiles essentielles ont leurs bonnes et leurs mauvaises années, aussi bien en qualité qu’en quantité. Les prix des matières premières fluctuent donc beaucoup, et leurs odeurs fluctuent aussi selon l’origine, le savoir-faire du distillateur, la saison, l’année… (Anonyme, 2012). L’industrie de la parfumerie ne pouvant pas accepter ces aléas, elle est devenue aujourd’hui en majeure partie une parfumerie de synthèse : les produits synthétiques sont beaucoup moins chers et leur odeur est toujours identique.

Procédés d’extraction

L’important développement des produits de synthèse n’a pas nui aux progrès dans les techniques d’extraction des matières premières d’origine naturelle animale ou végétale. Cependant, certaines anciennes techniques comme la digestion (absorption des odeurs par un corps gras ou une huile) et l’enfleurage ont pratiquement disparu, jugées trop longues, peu rentables et nécessitant une main d’œuvre importante dans les pays industrialisés (Guéguen, 2006).

Enfleurage

L’enfleurage est l’une des techniques les plus anciennes utilisées en parfumerie (De Feydeau, 2011). Il existe deux types d’enfleurage : celui pratiqué à froid et celui à chaud.

L’enfleurage à froid

Il repose sur la solubilité des huiles essentielles dans les corps gras (affinité des corps gras et des odeurs). Cette technique offre l’avantage de pouvoir traiter des fleurs fragiles, ne supportant pas la chaleur, tels que le jasmin ou la tubéreuse (qui continuent d’élaborer leurs parfums après la cueillette) (Boudouresque, 2007.) Cette technique a été mise au point à Grasse au XVIIIème siècle (De Feydeau, 2011). On peut utiliser des graisses ou des huiles.

Par les graisses : On prépare la graisse de bœuf (60 %) ou de porc (40 %) sur laquelle on dépose les fleurs. Après chauffage au bain-marie jusqu’à fusion complète de la masse, la graisse est ensuite coulée dans les cuves et agitée jusqu’à ce qu’elle devienne pâteuse puis mise en réserve dans des récipients en bois. On dépose ensuite la graisse sur les deux faces d’une plaque de verre entourée d’un châssis. L’épaisseur de graisse est ensuite rayée avec un peigne de bois pour augmenter la surface de passage de diffusion de l’essence dans le corps gras. Les fleurs sont étalées sur la surface supérieure. Les châssis sont ensuite empilés de manière à ce que le parfum formé par la partie de la fleur qui n’est pas en contact avec la graisse soit absorbé par celle du châssis supérieur. Les fleurs sont laissées pour une durée variable (24 heures pour le jasmin, 72 heures pour la tubéreuse), retirées puis remplacées par de nouvelles fleurs jusqu’à saturation de la graisse en parfum. La graisse est ensuite lavée à l’alcool froid afin de rendre soluble ces principes aromatiques. Après évaporation de l’alcool, on obtient une absolue de pommade (Risso, 1971).

Par les huiles : On remplace dans cette technique la lame de verre du châssis par un grillage métallique supportant une toile épaisse imbibée d’huile. Ce procédé permet l’obtention d’huiles parfumées. Les huiles ou la pommade parfumée ne trouvent qu’un emploi restreint en cosmétique, celui de la fabrication de brillantine. Pour en tirer le parfum, il faut procéder au lavage à l’alcool (éthanol 90°). On charge alors l’huile ou la graisse dans une batteuse munie d’un agitateur, on y ajoute un poids correspondant d’alcool et l’appareil fonctionne pendant 24 heures. On laisse ensuite décanter, on recueille l’alcool surnageant qui est placé dans une glacière pour y figer les corps restants, puis on filtre pour éliminer toute trace de graisse et on met en réserve le lavage alcoolique qui devient un extrait parfumé ou absolue (Boudouresque, 2007).

L’enfleurage à chaud (macération)

Le procédé est le même que celui de l’enfleurage à froid, mais se pratique à chaud. Il est utilisé pour des fleurs qui ne produisent plus de parfums après avoir été coupées (rose, fleur d’oranger). Il consiste en l’immersion des fleurs dans des graisses ou des huiles, chauffées au bain-marie ou par le soleil. Les fleurs sont régulièrement remplacées jusqu’à ca que le récipient soit gorgé de parfum. Les corps gras sont ensuite filtrés au travers de tissus (lin, coton) pour obtenir une pommade ou une huile parfumée, qui est ensuite lavée à l’éthanol absolu qui a la propriété de se charger de leur odeur. Le mélange alcool-graisse est disposé dans une batteuse, on le laisse reposer avant de récupérer séparément la substance oléagineuse et l’alcool. Cette opération est répétée 2 à 3 fois. L’alcool devient ensuite un extrait parfumé que l’on filtre une dernière fois pour éliminer toute trace de graisse (Boudouresque, 2007). Cette technique longue et onéreuse a été abandonnée au profit de l’extraction par solvants volatils. Elle est encore pratiquée à Grasse (De Feydeau, 2011) pour des compositions d’exception. La qualité des parfums en résultant est nettement supérieure à celle des parfums obtenus par extraction par des solvants volatils (Guéguen, 2006).

Distillation

La distillation est l’un des procédés d’extraction les plus anciens et les plus simples. Il est basé sur l’évaporation des constituants volatils des produits bruts au moyen de la chaleur, puis de leur condensation par le refroidissement (Boudouresque, 2007).

Distillation par entraînement à la vapeur d’eau

La distillation par entraînement à la vapeur d’eau est l’un des procédés les plus économiques et le plus utilisés à l’heure actuelle pour la préparation d’huiles essentielles (Guéguen, 2006). L’outil utilisé est l’alambic (Figure 8), inventé par les Arabes entre le VIIIème et Xème siècle (Boudouresque, 2007).

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  • L’alambic schématisé sur la figure 8 montre plusieurs pièces d’intérêt :
  • La cucurbite : cuve ovale en cuivre où l’on fait monter la température jusqu’àébullition
  •  Le col de cygne (ou chapiteau) : permet de véhiculer la vapeur d’eau chargée d’essences vers le serpentin
  •  Le serpentin de refroidissement : contient un réfrigérant qui provoque la transformation des vapeurs en liquides.
  • Le vase florentin : recueille les deux produits en les séparant par différence de densité. Les huiles essentielles étant plus légères que l’eau sont récupérées en surface alors que l’eau plus lourde sera évacuée par une voie d’extraction basse.

Les produits à distiller (fleurs, herbes, feuilles) sont placés dans la cucurbite sur des plateaux perforés. L’eau du bain-marie, contenue dans un double fond de la cuve, est portée à ébullition. La vapeur ainsi formée s’imprègne de l’arôme, s’échappe par le col de cygne puis passe dans le serpentin où elle est condensée par le contact d’eau froide. Le distillat obtenu, recueilli dans un vase florentin, décante en deux phases par différence de densité. La phase aqueuse ne contient en général pas d’odorants sauf dans quelques cas où la plante renferme des composés très solubles comme pour l’eau de rose ou l’eau de fleur d’oranger (Boudouresque, 2007).

Distillation à la vapeur sèche

Pendant très longtemps, l’entraînement à la vapeur a donné des résultats décevants. Les produits odorants s’extrayaient mal et étaient souvent accompagnés de résidus de dégradation de substances sans intérêt (Guéguen, 2006). En effet, la présence d’eau pouvait favoriser des phénomènes d’hydrolyse sur certains composants d’huiles essentielles, ou provoquer des phénomènes enzymatiques ou des réactions chimiques altérant les produits attendus (Boudouresque, 2007). Il a fallu attendre la mise au point, il y a environ 50 ans, d’extracteurs dits « instantanés » qui ont succédé aux antiques ballons chauffés à fond plat. Il s’agit d’appareils dans lesquels la matière première forme un film très mince (0,1 à 0,4 mm) qui passe très rapidement dans des échangeurs thermiques en forme de disques ou de palettes tournantes qui pulsent de la vapeur sèche (Guéguen, 2006). Les cellules se distendent et les particules d’essences se libèrent, par diffusion (Boudouresque, 2007). Les vapeurs (80 à 100°C) sont alors très vite réfrigérées et condensées par de l’eau refroidie à 0°C. La durée du trajet sur les parois chauffantes dépend de la viscosité du produit à extraire et peut varier entre 20 et 50 secondes. Les mêmes méthodes peuvent être transposées dans des évaporateurs centrifuges sous pression réduite. Ces procédés peuvent être utilisés pour extraire des concrètes ou des absolues (Guéguen, 2006).

Expression à froid

L’expression à froid est réservé aux matières premières rangées par les parfumeurs dans la catégorie des hespéridés (citron, orange, pamplemousse, bergamote, mandarine …) dont les huiles essentielles sont contenues dans les petites glandes de leur écorce. La technique utilisée consiste à racler, presser, piquer les cellules oléifères manuellement ou à l’aide de machines tels que des pressoirs ou des centrifugeuses (De Feydeau, 2011). Les technologies actuelles traitent les fruits entiers ou seulement les écorces. Les écorces de fruits sont forcées dans un couloir de plus en plus étroit, sous de violents jets d’eau. Roulés et pliés, leurs tissus superficiels sont déchirés et l’essence libérée des poches est entraînée par l’eau. La séparation de l’essence se fait par centrifugation. D’autres installations permettent en fait la récupération simultanée ou séquentielle des jus de fruits et de l’huile essentielle, celle-ci étant recueillie par jet d’eau après abrasion avant ou pendant l’expression du jus de fruits. Tous ces procédés produisent l’essence en zeste très fin par rapport à la distillation (Boudouresque, 2007).

Infusion

En parfumerie, le procédé par infusion consiste à dissoudre à froid les principes essentiels solubles d’une matière première solide ou pâteuse, d’origine animale (musc, ambre) ou végétale (fève, tonka, iris, mousse de chêne) dans de l’alcool pur (De Feydeau, 2011) celle-ci étant finement divisée et desséchée pour ne pas diluer l’alcool (Boudouresque, 2007). Ce système utilise des appareils de déplacement composés de deux entonnoirs reliés ensemble par un tuyau. Dans l’entonnoir du bas, on place la substance à traiter et dans celui du haut de l’alcool qui traverse rapidement en exerçant une grande pression. L’épuisement est réalisé par agitation mécanique (Boudouresque, 2007). Cette opération est menée sur une période de plusieurs mois (De Feydeau, 2011).

 Extraction par les solvants volatils

L’extraction par les solvants volatils est souvent utilisée pour les matières premières fragiles (De Feydeau, 2011). Il permet aussi d’obtenir un meilleur rendement et d’éviter l’action hydrolysante de l’eau que l’on peut avoir avec la distillation (Boudouresque, 2007). Le principe consiste à exploiter l’affinité de certains solvants avec les parfums contenus dans les matières premières odorantes. Pour maîtriser l’extraction industrielle par solvant, le choix de ce dernier est très important

(Guéguen, 2006) :

  • On doit pouvoir se le procurer en grande quantité à un prix pas trop élevé et sans risque de rupture d’approvisionnement ;
  • Il ne doit pas être toxique pour l’Homme et l’environnement (benzène plus utilisé) ;
  • Il doit être facile à distiller et à recycler, ce qui élimine les solvants à trop fort point d’ébullition (butanol) pour ne pas avoir à trop chauffer des produits fragiles ;
  • Son point d’ébullition ne doit pas être trop bas pour éviter les pertes par volatilisation ;
  •  Il doit aussi être un bon solvant de la matière parfumée et surtout ne pas réagir chimiquement avec cette dernière.

L’éther de pétrole, le butane, le pentane, l’alcool éthylique ou méthylique sont des solvants très utilisés de nos jours (Guéguen, 2006). Ils ont un grand pouvoir de solubilisation et sont facilement éliminés grâce à leur volatilité (Peyron, 1981). Le benzène et le toluène sont des solvants efficaces mais ont été écartés par des études toxicologiques car ils sont trop toxiques. Les éthers éthyliques ou isopropyliques sont trop inflammables et peroxydables pour une utilisation régulière. L’acétone est un solvant facile à recycler, permettant l’obtention d’extraits de bonne qualité. Des solvants chlorés (chloroforme, chlorure de méthylène, trichloréthylène) sont de plus en plus écartés par des directives européennes car leur recyclage peut libérer des produits acides et corrosifs (Guéguen, 2006).

L’extraction se fait dans des cuves en acier inoxydable, d’une contenance d’environ 3000 litres, où l’on empile des plateaux perforés. Ainsi les plantes ne sont ni écrasées, ni tassées et le solvant circule librement. On utilise également des appareils munis de paliers rotatifs permettant le traitement des plantes en continu. Après le chargement des plantes dans l’extracteur, les solvants sont introduits par un système de vannes afin de permettre la macération. La matière végétale est ainsi épuisée par plusieurs lavages successifs au solvant. Lorsque le solvant est imbibé de molécules odorantes, il est conduit dans un concentrateur sous vide, où s’effectue une distillation partielle. Evaporé, récupéré, puis recyclé dans divers circuits, il laisse au fond de l’appareil un mélange pâteux, composé des molécules odorantes, des cires et des pigments. Ce mélange est appelé « résinoïde » quand il résulte de plusieurs plantes sèches (racines, gommes, résines, graines, mousses, baumes) et « concrète » quand il provient du traitement des fleurs (Peyron, 1981).

  • Les résinoïdes sont obtenus par extraction par le méthanol, l’éthanol ou le toluène de matières premières qui sont le plus souvent des exsudats de plantes balsamiques. Elles sont utilisées comme fixateurs. Après lavage à l’alcool et glaçage entre 0°C et -10°C de ce résinoïde, on obtient l’absolue (Peyron, 1981).
  • Les concrètes sont obtenues en extrayant les fleurs avec un solvant tel que l’hexane, l’éther de pétrole ou le toluène. Après évaporation du solvant, on obtient un résidu contenant les constituants volatils et non volatils dont certains sont insolubles dans l’alcool (Peyron, 1981). La concrète ne peut pas être utilisée par le parfumeur sans être traitée car elle contient des paraffines et de la cire insolubles dans l’alcool. Elle est lavée alors plusieurs fois à l’alcool dans des batteuses pour dissoudre les molécules odorantes. L’alcool mêlé à la concrète est amené à -12°C pour que l’on puisse retirer toute trace de cire. Puis la concrète est distillée. Lorsque l’alcool s’est évaporé, on parle d’essence absolue ou d’absolue (De Feydeau, 2011).

Extraction par le CO2 supercritique

L’extraction des huiles essentielles par des fluides supercritiques (SFE ou Super Critical Fluid Extractor) est utilisée depuis des années dans l’industrie alimentaire, celles de la parfumerie et de la dermato-cosmétologie. Il existe des appareils à l’échelle analytique, pilote ou industrielle. L’intérêt de ce procédé est de permettre de sauvegarder des arômes fragiles comme ceux du lilas ou du muguet (Guéguen, 2006).

Un fluide est qualifié de supercritique quand il placé au-delà de son point critique (figure 9). Le point critique d’un corps pur est le point d’une courbe reliant pression, température et masse volumique tel que la transition de phase entre l’état liquide et l’état gazeux est impossible : la masse volumique des deux états du corps considéré étant désormais de même valeur à partir de ce point,. Ainsi, lorsque l’on porte un composé (liquide ou gazeux) dans des conditions de pression et de températures particulières, il cessera d’être liquide ou gazeux pour se trouver à la fois à l’état liquide et gazeux, l’équilibre entre ces deux états se faisant de manière continue. Le fluide supercritique présente alors des propriétés solvantes tout à fait remarquables. Ainsi, si l’on expose une matière organique à un fluide supercritique, l’état gazeux pénétrera dans les cellules et s’y trouvera en équilibre avec son état liquide dans lequel les molécules vont se dissoudre. Le liquide étant également en équilibre avec l’état gazeux, la vapeur entraîne hors de la cellule les molécules que l’on cherche à extraire. Ce type de phénomène est unique et permet de contourner le problème de la barrière cellulaire que certains solvants ne peuvent franchir (Holler et al., 2003). Le solvant le plus utilisé est le dioxyde de carbone avec un co-solvant comme le méthanol (Guéguen, 2006). Le CO2 a la particularité d’avoir une bonne pénétration des tissus et de s’éliminer facilement puisqu’il suffit de repasser à la température ambiante pour que le CO2, redevenu gazeux, s’évapore (Holler et al., 2003).

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Le gaz introduit dans une cellule d’extraction est maintenu par compression de la cellule au-dessus de ses conditions critiques c’est-à-dire à une pression et à une température telles qu’il se comporte comme un liquide (pression de 72,8 bars et température de 31,1°C) (Holler et al., 2003). Dans un premier temps, le produit à extraire est solubilisé dans le fluide qui extrait les fragrances et les transporte dans une chambre de récupération qui contient du méthanol ou de l’éthanol. On agit alors par décompression du fluide par retour à des conditions de pression et de températures inférieures à celles de la cellule d’extraction. On peut alors évaporer le solvant et récupérer les huiles essentielles ainsi extraites dans des conditions très douces sans altération de la fragrance d’origine. (Guéguen, 2006). La figure 10 présente un schéma du procédé.

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Cette technique d’extraction est également largement utilisée par l’industrie pharmaceutique pour des médicaments de phytothérapie (Guéguen, 2006).

 Conception d’une composition

Il est quasiment impossible de tout connaître dans la composition d’un parfum car chaque création a sa propre personnalité. Il peut y avoir plusieurs milliers de molécules différentes dans une composition, chacune d’entre elles, une fois sur la peau, s’affirme de façon spécifique (Guéguen, 2006). Le parfumage des produits solaires, des produits capillaires, des produits de soins et de l’hygiène, doit tenir compte de la réactivité des ingrédients composant le produit qui sera mis sur le marché (Roth, 2006). Les parfums sont tous composés de 3 notes principales qui en se volatilisant vont faire vivre la composition : la tête (ou l’envolée), le cœur (ou le corps), et le fond.

 Note de tête (hespéridée ou florale)

La tête a pour but d’introduire le parfum. C’est la toute première odeur que l’on ressent au début de son évaporation (Boudouresque, 2007). Elle donne au parfum sa fraîcheur et sa pétillance. Les composants généralement utilisés sont très volatils. Ils sont perceptibles immédiatement après s’être parfumé et durent environ une à deux heures (De Feydeau, 2011). Les notes de tête se composent souvent de notes fraîches, aux senteurs d’agrumes et d’aromates (Tableau 3). Parmi les essences reconnues comme ayant une puissante note de tête, on retrouve la bergamote, le citron, la mandarine, l’ananas, le melon, la violette, le patchouli, la sauge, la menthe, le basilic, la lavande, la pomme, le romarin, le cyprès, le cèdre, le pin et également des aldéhydes (Guéguen, 2006). Cette première phase n’est jamais la note caractéristique du parfum ; c’est une note qui doit être originale, inattendue ou piquante, qui suscitera l’intérêt et provoquera le choix et l’achat de l’utilisateur, mais qui ne permet pas de déceler le caractère principal du parfum (Boudouresque, 2007). Elle constitue 5 % de la fragrance (De Feydeau, 2011).

 Note d e cœur (fruitée , vanillée , épicée )

On la nomme encore bouquet ou note centrale. Elle se développe dés que le parfum est en contact avec la peau. La note de cœur détermine le thème du parfum (Guéguen, 2006). Dans l’évolution d’un parfum, cette phase se développe 10 minutes après que la note de tête se soit atténuée et avant la note de fond. Elle représente les 2 à 5 heures suivantes d’évaporation du parfum. Elle donne au parfum son caractère palpitant et sa personnalité. Elle développe le sillage au fil des heures. La principale fonction du cœur est d’épanouir son image ; c’est lui qui recèle les secrets de la composition (De Feydeau, 2011). Appelé aussi modificateur, le cœur doit être exprimé clairement par des tonalités nettes et des touches précises (Boudouresque, 2007), c’est-à-dire des substances moins volatiles, plus puissantes et plus consistantes que les notes de tête (tableau 3). On retrouve ainsi en note de cœur des senteurs florales comme la rose, le jasmin, le muguet, le géranium, le lilas, la tubéreuse, l’iris, l’ylang- ylang, la violette, des senteurs fruitées comme la pèche et des substances synthétiques comme le géraniol, l’eugénol et le terpinéol (Guéguen, 2006).

Note de fond (musquée, ambrée)

Dans la pyramide olfactive, le fond représente les 5 à 6 dernières heures d’évaporation d’un parfum. Il lui confère sa ténacité et sa profondeur. Les notes de fond sont les plus lentes à s’évaporer et donc les plus persistantes (De Feydeau, 2011). Elles participent à la trace ou au sillage d’une composition. On y retrouve des éléments qui agissent comme des fixateurs et permettent au parfum de tenir toute une journée sur la peau (Guéguen, 2006). Les notes de fond sont lourdes, chaudes, boisées ou animales telles que la fève tonka, le musc, le patchouli, le benjoin, la vanille, le vétiver, le santal, la civette, l’ambre gris, le castoréum … Le fond constitue 15 % de la fragrance (Tableau 3). C’est le sillage, la phase finale et ce qui reste d’un parfum sur un vêtement oublié (De Feydeau, 2011).

Tableau 3 : Exemples de matières premières des notes de tête, de cœur et de fond (Wurmser, 1996)

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Figure 11 : La pyramide des parfums

Un équilibre est souhaitable entre ces 3 gammes de senteurs pour être agréable et durable. Les proportions souvent utilisées sont 15 à 25 % de notes de tête, 30 à 40 % de notes de cœur, 40 à 45 % de notes de fond. Cependant beaucoup de parfumeurs suivent plutôt leur inspiration. Ainsi Trésor de Lancôme contient très peu de notes de tête. La formule s’appuie essentiellement sur les notes de cœur très importantes : le parfum délivre immédiatement son odeur et reste stable dans le temps (Boudouresque, 2007). En bref, les parfums sont différents entre eux par le dosage de chaque matière première et de ce fait chaque créateur garde ainsi jalousement les secrets de sa formule (Guéguen, 2006). Les caractéristiques olfactives sont directement liées aux propriétés des matières premières contenues dans ces formules. Certaines matières premières très volatiles peuvent entraîner certaines autres qui le sont moins. Inversement, certaines matières premières peu volatiles peuvent en retenir d’autres plus volatiles. Ces matières premières peu volatiles sont utilisées pour leurs propriétés fixantes afin d’augmenter la substantivité de la composition parfumante d’où le qualificatif de « fixateurs » qui leur est souvent attribué.

Classification des parfums

Les matières premières disponibles sont au nombre de plusieurs milliers. Les parfumeurs sont obligés de restreindre ce nombre pour assurer une bonne reproductibilité industrielle des compositions parfumantes qu’ils créent dans leurs laboratoires. Ainsi les matières premières composant leurs orgues à parfum seront au nombre de 200 à 300 sélectionnées sur une liste disponible d’environ 2000 ce qui représente la quantité moyenne de matières premières qui sont répertoriées dans les listes d’une société de création de parfums (Roth, 2006).

Les parfumeurs disposent d’un outil de référence qui est une classification des parfums établie par une commission de travail de la Société Technique des Parfumeurs de France et reconnue par le Comité Français du Parfum. Cette classification fournit aux professionnels une véritable cartographie des parfums et peut être utile dans leurs choix (De Feydeau, 2011). On distingue 7 familles olfactives : Hespéridées, Floraux, Fougères, Chyprées, Boisées, Ambrées et Cuirs, dans lesquelles on peut noter des subdivisions.

Les Hespéridées :

Les Hespéridées regroupent les huiles essentielles obtenues par expression du zeste des agrumes tels que le citron, la bergamote, l’orange, la mandarine, le pamplemousse (Boudouresque, 2007). Cette famille a d’abord été celle des eaux de Cologne

  •  Hespéridé : Eau de Cologne impériale de Guerlain (De Feydeau, 2011).
  •  Hespéridé aromatique : la structure hespéridée est modifiée par l’apport de notes aromatiques comme le thym, la marjolaine, le romarin ou la menthe, donnant une note de plein air, de soleil et de chaleur comme dans Green Water de Jacques Fath (De Feydeau, 2011).
  •  Hespéridé épicé : on ajoute, à une structure hespéridée, des notes épicées, telles que girofle ou poivre, muscade ou cannelle qui permettent de rehausser le parfum comme pour Eau d’Hermès d’Hermès (De Feydeau, 2011).
  •  Hespéridé boisé : La note hespéridée est à un degré moindre. La note florale est faiblement présente. Le fond, boisé et parfois poudré, est assez important comme pour 1881 de Cerruti.
  •  Hespéridé fleuri chypré : Nouvelle génération d’ « eau de Cologne », avec une note hespéridée importante mais avec un apport d’autres notes fraîches dont l’ensemble se prolonge d’abord par une note florale avec le jasmin, ensuite par un fond boisé et mousses. Exemple : Eau sauvage de Dior.
  •  Hespéridé fleuri boisé : CK One de Calvin Klein.
  •  Hespéridé musqué : Cologne de Mugler.

 Les Floraux :

Les Floraux forment la famille la plus importante qui regroupe des parfums dont le thème principal est une fleur comme la rose, le jasmin, la violette, le muguet, la tubéreuse … Ces parfums à l’odeur souvent forte sont essentiellement féminins. Il y a 7 sous-familles dans ce groupe, de la plus simple à la plus sophistiquée :

  •  Soliflore : une seule note florale dont on essaie de reconstituer et de styliser la nature. Exemple : Chloé de Lagerfeld (tubéreuse) (De Feydeau, 2011).
  •  Soliflore lavande : Note parfumée attribuée aux hommes. L’huile essentielle de
  • lavande y est présente à plus de 50%. Exemple : Pour un homme de Caron.
  •  Fleuri aldéhydé : Une des catégories les plus importantes de la parfumerie. Les aldéhydes de synthèse inodores exhalent le bouquet floral et amplifient la diffusion du parfum. Celui-ci développe ses différentes notes avec lenteur et harmonie. Exemple : N°5 de Chanel.
  •  Fleuri vert : Classe assez récente. On ajoute au complexe floral, une note fraîche et surtout verte, comme le galbanum, les feuilles de cassis ou la jacinthe. Exemple : Fidji de Laroche.
  •  Fleuri boisé : Note florale très présente (violette, jasmin, rose, muguet …) On y trouve des notes de tête diversifiées (hespéridées ou herbacées). Le prolongement est constitué de notes poudrées, vanillées et boisées. Exemple : Farhenheit de Dior.
  •  Fleuri boisé fruité : Il y est ajouté des notes fruitées telles que framboise, pêche, abricot, prune, melon, cassis … Exemple : XS de Paco Rabanne.
  •  Bouquet floral : Toujours inspiré de la nature, mais on associe de façon harmonieuse, comme pour un bouquet de fleurs, plusieurs notes florales. La composition devient plus complexe, les matières premières plus nombreuses. Exemple : Joy de Patou.
  • Autres sous-familles : Fleuri fruité (J’adore de Dior), Fleuri marin (Acqua di Gio d’Armani),
  • Fleuri musqué (Mûre et musc de L’Artisan parfumeur).

Les Fougères :

C‘est une appellation fantaisiste qui regroupe des parfums, essentiellement masculins, avec des accords lavandés, boisés, de mousse de chêne, de coumarine, de géranium … Ces parfums ne se rapportent pas à l’odeur de la fougère, qui est une plante peu odorante, mais sont les descendants de Fougère Royale d’Houbigant (1882) (Boudouresque, 2007). Cette catégorie regroupe 5 sous-familles :

  •  Fougère : Jicky de Guerlain
  •  Fougère ambrée douce : construction classique avec des fonds coumarine, vanille et foin assez accentués. Exemple : The Dreamer de Versace.
  •  Fougère fleurie ambrée : construction classique avec en plus un caractère floral assez
  • marqué et soutenu d’un fond ambré labdanum. Exemple : Brut de Fabergé.
  •  Fougère épicée : Fougère de base, très classique, caractérisée par la présence de notes florales et surtout d’ajouts marquants de notes épicées comme le girofle ou le poivre.
  •  Fougère aromatique : Fougère associée à un ensemble hespéridé, herbacé, surtout accompagné d’aromates comme le thym, l’armoise, la coriandre, le romarin et parfois quelques notes épicées. Exemple : Escape for men de Calvin Klein.

Les Chyprées :

La famille des Chyprées dérive du parfum Chypre créé par François Coty en 1917 (De Feydeau, 2011). Elle regroupe des parfums aux accords de mousse de chêne, de bergamote, de jasmin, de coumarine, de patchouli, de ciste labdanum. 7 sous-familles sont représentées :

  •  Chypre : Pour Monsieur de Chanel.
  •  Chypre fleuri : Ajout de notes florales à la structure chypre telles que muguet, rose, jasmin. Exemple : Héritage de Guerlain.
  •  Chypre fleuri aldéhydé : bouquet fleuri soutenu d’un côté par les aldéhydes, de l’autre par les mousses plus vertes. Exemple : Calèche d’Hermès.
  •  Chypre fruité : Accord chypre, plus étoffé et agrémenté de notes fruitées comme la mirabelle, la pêche et les fruits exotiques. Exemple : Femme de Rochas.
  •  Chypre vert : Contraste entre un départ frais et vert, et un fond chaud. Le parfum est dit « vert » quand il est porteur d’odeurs de feuilles froissées et d’herbes coupées. Exemple : Miss Dior de Dior.
  •  Chypre aromatique : Accord de Chypre, le plus souvent fleuri (lavande) et à dominante aromatique (thym, armoise, coriandre, genièvre). Exemple : Jules de Dior.
  •  Chypre cuir : Ajout des notes de cuir, de fumée, de bois brûlé et des notes animales.
  • Quelques fois des notes fraîches, surtout hespéridées. Exemple : Bandit de Piguet.

 Les Boisées :

La base des compositions Boisées est souvent lavandée et hespéridée. Ce sont des parfums opulents, chauds (santal, patchouli) ou secs (cèdre, vétiver).

  •  Boisé conifère : essence de pin avec en tête des notes d’agrumes. Exemple : Agua Brava de Puig.
  •  Boisé aromatique : Accords de bois dans des compositions lavandées, quelquefois vertes, avec un départ aromatique (thym, armoise, myrthe, romarin, sauge). Exemple : Xeryus de Givenchy.
  •  Boisé épicé : boisé plutôt doux, notes épicées très présentes (poivre, muscade, girofle, cannelle). Exemple : Vétiver de Guerlain.
  •  Boisé épicé cuir : Ajout à la structure Boisé épicé un accord cuir. Exemple : M7 d’Yves Saint Laurent.
  •  Boisé Ambré : Fond avec des notes chaudes et riches telles que la vanille, la coumarine, le ciste labdanum, le patchouli et le santal. Exemple : Allure homme de Chanel.
  • Autres sous-familles : Boisé fruité (Féminité du bois de Shiseido), Boisé marin (L’Eau d’Issey d’Issey Miyake), Boisé musqué (Hugo Boss femme).

 Les Ambrées (ou Orientaux) :

Les Ambrées sont aussi qualifiées d’Orientaux pour leur tonalité de chaleur et de sensualité. Ils ont une odeur facilement reconnaissable faite de senteurs douces poudrées, vanillées et animales (ambre gris). Ce sont le plus souvent des parfums féminins répartis en 5 groupes :

  •  Ambré doux : Plus représentatif de la note ambrée classique, doux et chaud, sillage particulièrement prononcé. Exemple : Shalimar de Guerlain.
  •  Ambré fleuri boisé : Caractère boisé bien marqué, note de tête nuancée de variations florales. Exemple : Angel de Thierry Mugler.
  •  Ambré fleuri épicé : Note épicée très perceptible sur l’accord ambré, avec un apport floral (œillet). Exemple : L’Heure bleue de Guerlain.
  •  Ambré hespéridé : Produit ambré à caractère floral avec un départ hespéridé bien marqué. Exemple : Habit rouge de Guerlain.
  •  Semi-ambré fleuri : Dosage plus nuancé de la note ambrée dans un ensemble olfactif puissant, avec des notes dominantes florales, fraîches, épicées, s’intégrant dans ce bouquet consistant. Exemple : Le Mâle de Jean-Paul Gaultier.

Les Cuirs :

Les Cuirs donnent des parfums aux notes « sèches » essayant de reproduire l’odeur caractéristique du cuir (fumée, bois brûlé, tabac) et des notes de tête avec des inflexions florales. Les notes animalisées y jouent un rôle, de même que la vanille, la tubéreuse ou le néroli. Cette famille regroupe surtout des parfums pour hommes.

  •  Cuir
  •  Cuir fleuri : Notes de cuir, sans agressivité, agrémentées de notes florales comme la violette ou l’iris. Exemple : Centaure cuir de Cardin.
  •  Cuir tabac : Note cuir tempérée par des accords boisés, miellés et de foin, qui caractérise la note « tabac blond ». Exemple : Tabac blond de Caron

Article tiré de la thèse de Claire Girard (université de Lorraine 2013)

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