Les sapins de Noël embaument les marchés publics. Dans quelques jours, résine collée aux doigts, vous en installerez peut-être un dans la maison. Il brillera de toutes les décorations que vous y suspendrez. Selon la tradition chrétienne, vous fixerez peut-être aussi une étoile au sommet de sa cime. Cette étoile qu’ont suivie les Mages, venus d’Orient jusqu’à Bethléem offrir des cadeaux royaux à un Enfant-Dieu :

L’or fin, pour le Roi des temps; L’encens, pour le Dieu de tout; La myrrhe offerte à l’Immortel.

Parmi leurs trésors, deux plantes

L’encens… Qui n’en a pas senti l’odeur à la fois douce et âcre ? Certains d’entre vous l’ont peut-être déjà présenté au prêtre qui officiait à l’église. La myrrhe… Elle fut toujours pour moi une substance mystérieuse. Ai-je su, enfant, que l’encens et la myrrhe sont des résines d’arbres ? Certainement pas que ceux-ci sont deux genres d’une même famille, les Burséracées !

Les routes antiques de l’encens

L’encens et la myrrhe, de par leur utilisation et leur provenance, ont déjà eu une valeur supérieure à celle de l’or. D’où venaient ces résines précieuses? De Jérusalem, descendez vers le Sud en survolant la péninsule Arabique. Au bout, vous verrez le sultanat d’Oman, le Yémen et, sur la pointe Nord-Est de l’Afrique, l’Éthiopie et la Somalie. Vous arrivez au coeur des pays des arbres à encens et à myrrhe, pays actuels de royaumes antiques, pays de déserts.

De là, d’une ville-oasis à l’autre, les caravanes marchandes remontaient les déserts vers le Nord, en passant par La Mecque et Pétra jusqu’au port de Gaza, vers la Méditerranée, et jusqu’à Damas. Parties de là où on situe le royaume de la reine de Saba qui apporta elle-même de ces trésors au roi Salomon (1 000 ans av. J.-C.). Vers là où, bien avant, la reine-pharaon Hatshepsout avait ordonné une expédition navale à la recherche du royaume mythique de Pount (1 500 ans av. J.-C.) d’où les Égyptiens recevaient depuis toujours ces aromates convoités et des épices tout aussi recherchées (plus de 3 000 ans av. J.-C).Sur terre, les pistes caravanières étaient contrôlées. Partout où l’on passe, il faut payer, écrivait le romain Pline l’Ancien. Caravansérails, eau, fourrage, gardiens, droits de passage et protection, les frais étaient nombreux. La plus connue contournait

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les massifs abrupts de l’intérieur de la péninsule. Par elle, transitaient aussi les denrées venues d’’Asie et d’Afrique. Plusieurs centaines de dromadaires, plus de 2 000 km, environ 60 jours.

Résines sacrées

Égyptiens, Hébreux, Grecs, Romains et autres peuples en concoctaient d’innombrables mélanges. Qui pour honorer ses dieux, la fumée de l’encens leur étant agréable. Qui pour embaumer ou momifier ses morts avec la myrrhe, gage d’immortalité des corps. Qui pour obtenir de l’un et de l’autre des onguents et des parfums.

Les Burséracées

Les arbres de cette famille sécrètent une résine qui s’écoule à travers l’écorce, soit naturellement, soit accidentellement ou soit par incisions en vue d’une récolte. Elle s’écoule en « larmes » plus ou moins blanchâtres lesquelles durcissent et foncent en séchant. Elles sont vendues telles quelles après avoir été classées selon leur degré de pureté. Ces arbres croissent en régions tropicales et subtropicales d’Afrique et d’Amérique, surtout dans des régions arides, rocailleuses et sèches. La plupart sont petits, rabougris et parfois épineux. L’écorce est papyracée, c’est-à-dire qu’elle s’écaille en plaques minces, comme celle d’un bouleau. Ils sont feuillus, curiosité pour nous qui associons résine à conifère. Les feuilles tombent généralement en période sèche. Cette famille compte environ de 500 à 600 espèces réparties en quelque 18 genres.

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L’utilisation des résines sacrées a traversé les continents et les millénaires. Leurs lieux d’origine sont toutefois souvent confondus ainsi que leurs noms dont les changements ont été nombreux au cours de l’histoire. Plusieurs perpétuent ceux liées à leurs utilisations traditionnelles (usage religieux, pharmacopée, aromathérapie et parfumerie).

Comme encens, les larmes sont brûlées sur du charbon, dans un encensoir ou un brûle-parfum, laissant s’échapper la fumée. Brûlées sur un diffuseur chauffé par une bougie ou autrement, seul le parfum se répand. En parfumerie et en aromathérapie, on utilise surtout les huiles essentielles.

Le baume du Canada : un Pinacée
Quant au sapin baumier (Abies balsamea), notre «roi des forêts», son nom lui-même est un parfum.
Sauf dans quelques églises de Paris auxquelles l’historien de la Nouvelle-France Marc Lescarbot en avait donné au
17e s., sa résine ou gomme ne semble pas avoir été utilisée comme encens. Par contre,
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ses propriétés médicinales (antiseptique,
cicatrisant, expectorant, etc.) sont connues autant en médecine amérindienne qu’en médecine populaire.
Récoltée de façon artisanale, elle est universellement connue sous le nom de « baume ou térébenthine du Canada ». De plus, la qualité de son indice de réfraction de la lumière en fait
une colle très recherchée dans l’assemblage d’instruments d’optique.

Sacré sapin ou sapin sacré ?
Certaines traditions sont porteuses de symboles très anciens.
En raison de son illumination et de la persistance de sa verte « parure »,
ceux de Lumière et de Vie sont attribués au sapin de Noël
et, en cela, il accède au Sacré.
Joyeuses Fêtes !

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