L’utilisation d’huiles essentielles est aujourd’hui à la mode. Le nombre de produits et d’indications s’est multiplié. Bien qu’accessibles à tous, les huiles essentielles sont très concentrées en substances chimiques actives et peuvent représenter certains dangers pour la santé. En effet, le centre Anti poison signale chaque année des problèmes de santé liés à l’utilisation d’huiles essentielles.

Définition: Qu’est ce qu’une huile essentielle?

L’huile essentielle est définie comme l’extrait naturel de plantes ou d’arbres aromatiques. Les substances aromatiques naturelles, appelées essences, sont produites dans des glandes spécialisées de différentes parties des plantes (fleur, feuille, tige, écorce, racine, fruit, graine). Aujourd’hui les huiles essentielles sont aussi produites synthétiquement et, par conséquent, on les trouve sur le marché sous les deux formes. Les huiles essentielles ne se composent que de substances aromatiques volatiles. Elles sont solubles dans l’huile et dans l’alcool mais pas dans l’eau. Il existe plusieurs techniques pour obtenir des huiles essentielles. La principale et la plus ancienne est la distillation à la vapeur d’eau. L’annexe 1 contient des informations supplémentaires sur les diverses méthodes d’extraction et leur impact sur la qualité des huiles essentielles. La composition des huiles essentielles est très complexe. Elles peuvent renfermer jusqu’à plusieurs centaines de substances chimiques différentes. Les plus fréquemment rencontrées sont les alcools (phénols et sesquiterpénols), les cétones, les aldéhydes terpéniques, les esters, les éthers, les terpènes et les oxydes. La liste des principales substances chimiques contenues dans les huiles essentielles est présentée dans le tableau à la fin de l’article.

Domaine d’application des huiles essentielles

Les huiles essentielles entrent dans la composition de parfums, de cosmétiques (shampooings, gels douche, crèmes, laits, déodorants corporels), de produits d’entretien (savons, détergents, lessives, assouplissants pour textiles) et d’autres produits, comme par exemple les insecticides, désodorisants d’ambiance, diffuseurs, bougies… Elles sont aussi utilisées comme arômes pour ajouter aux aliments des odeurs et/ou des saveurs. Enfin, elles ont certaines applications en aromathérapie.

Toxicité des huiles essentielles

Les substances naturelles peuvent présenter des effets néfastes pour l’homme au même titre que certaines substances synthétiques. Les huiles essentielles contenant surtout des phénols et des aldéhydes peuvent irriter la peau, les yeux et les muqueuses. Ce sont par exemple : la cannelle de Ceylan, le basilic exotique, la menthe, le clou de girofle, le niaouli, le thym à thymol, la marjolaine, la sarriette, ou le lemon-grass. De plus, certaines huiles essentielles peuvent provoquer des réactions cutanées allergiques . C’est en particulier le cas des huiles essentielles suivantes: la cannelle de Ceylan, la menthe, la litsée, la mélisse, le pin, ou la mousse de chêne. Les réactions de la maladie sont variées et peuvent apparaître jusqu’à 3 jours après le contact du produit avec la peau. Ils vont du simple prurit (démangeaison) à l’eczéma allergique en passant par des plaques, un aspect psoriasique, voire des pigmentations ou dépigmentations locales. La proportion de la population développant des allergies cutanées dues aux parfums est en augmentation car l’utilisation de parfums et de produits parfumés (cosmétiques, désinfectants parfumés, lessives, bâtons d’encens ) ne cesse de s’accroître. Il a été démontré que les allergènes présents dans l’air jouent un rôle évident dans la formation d’eczéma de contact, soit par inhalation, soit par contact cutané . Les huiles essentielles qui sont utilisées en parfumerie, comme par exemple dans les sprays désodorisants, peuvent irriter les muqueuses respiratoires et favoriser le déclenchement de crises d’asthmes chez les asthmatiques. Il a été rapporté qu’en présence de parfums, les personnes asthmatiques et développant des allergies de contact présentent des détresses respiratoires plus fréquemment que les personnes saines. Cependant, les mécanismes immunologiques n’ont pas été démontrés . Une ingestion accidentelle d’huile essentielle peut, selon la sorte et la quantité, provoquer une grave intoxication, le coma ou même la mort. Les huiles essentielles très liquides peuvent atteindre les voies respiratoires si elles sont malencontreusement avalées ou vomies. Cela peut conduire à une inflammation des poumons (pneumonie). Les huiles essentielles contenant des phénols sont toxiques pour le foie (par exemple clou de girofle, thym, origan). Les cétones, et dans une moindre mesure les lactones, peuvent être neurotoxiques (par exemple romarin, sarriette, cèdre, camphre, thuya, aneth, hysope). Les cétones ont, de plus, des propriétés abortives. La toxicité des huiles essentielles peut aussi provenir d’impuretés et/ou des produits de dégradation de celles-ci car elles se modifient lorsqu’elles sont exposées à l’air, à la chaleur et à la lumière. Par exemple, les huiles essentielles de citron, d’orange amère et de bergamote deviennent sensibilisantes et toxiques suite à une exposition à la lumière. Autre exemple, la combustion de bâtons d’encens et de bougies parfumées ou simplement l’évaporation à chaud d’huiles essentielles peut libérer des résidus de combustion, des poussières fines, du formaldéhyde et d’autres substances volatiles qui peuvent affecter les voies respiratoires.

Précautions d’emploi

Les huiles essentielles sont des mélanges de substances concentrées dont l’utilisation réclame certaines précautions :

 Ne jamais laisser les flacons d’huiles essentielles à la portée des enfants lors de leur utilisation ou de leur stockage. Les fermetures de sécurité munies d’un bouchon compte-gouttes évitent les risques.

 En cas d’ingestion d’huiles essentielles, ne pas faire vomir, appeler immédiatement le centre Anti poison , et fournir les informations inscrites sur l’étiquette.

 Les personnes ayant une prédisposition allergique, les personnes asthmatiques, les enfants, les nourrissons, les femmes enceintes ou allaitantes devraient minimiser le contact avec les huiles essentielles.

 La diffusion atmosphérique des huiles essentielles est en général déconseillée. Si la diffusion atmosphérique est quand-même souhaitée, ne pas laisser le diffuseur actif en permanence. Une diffusion de quelques minutes par heure est suffisante. Il est conseillé d’utiliser un microdiffuseur plutôt que des diffuseurs chauffants qui altèrent les huiles essentielles. En cas de mauvaises odeurs, il est préférable de simplement bien aérer la pièce en ouvrant la fenêtre. Toutes les huiles essentielles ne se prêtent pas à la diffusion atmosphérique. Les huiles essentielles contenant des phénols et des cétones sont inappropriées.

 Il faut éviter l’application de produits cosmétiques contenant des huiles essentielles comme le citron, l’orange amère et la bergamote avant toute exposition solaire.

 Utilisez uniquement des huiles essentielles admises dans le domaine thérapeutique (aromathérapie, etc). Il est impératif de respecter strictement les indications mentionnées sur l’emballage.

 Le mieux est de se faire conseiller par des professionnels (pharmaciens, droguistes, médecins).

Annexe1

L’extraction des ingrédients aromatiques des plantes peut se faire par différentes procédures:

 La distillation à la vapeur d’eau, qui est la méthode la plus courante et la plus ancienne, permet la séparation de deux phases: l’huile essentielle et l’eau aromatique. Elle est menée à basse température et à basse pression afin de permettre à l’huile essentielle de conserver sa qualité aromatique.

 L’extraction aux solvants organiques volatils: l’hexane est le solvant le plus souvent utilisé aujourd’hui; le benzène, très présent par le passé, est interdit pour des raisons de toxicité. Mais ces extraits contiennent des traces non négligeables de solvants résiduels.

 L’extraction au gaz carbonique supercritique utilise du gaz carbonique comprimé (jusqu’à 300 fois la pression atmosphérique) à température modérée (environ 30°C) comme solvant d’extraction. Cette technique permet d’obtenir des extraits exempts de tout résidu de solvant.

 L’expression est utilisée surtout pour les agrumes. Elle consiste à écraser les zestes frais. Le rendement dépend de chaque espèce de plante et peut être parfois extrêmement faible, ce qui justifie le prix élevé des huiles essentielles. Ainsi pour obtenir 1 kg d’huile essentielle il faut

  • – 4 à 12 tonnes de mélisse
  • – 150 kg de fleurs de lavande
  • – 10 tonnes de pétale de rose

Les huiles essentielles proviennent des plantes mais elles peuvent aussi être produites synthétiquement et/ou être mélangées avec d’autres huiles de qualité variable. Le terme « huile essentielle » n’est pas une dénomination protégée. Ainsi, des huiles végétales ou organiques, des solvants, des résidus ou des substances parfois indéfinis peuvent être présents dans le flacon d’une huile essentielle.

Composants biochimiques Plantes
Acides vétiver, clou de girofle, genévrier
Aldéhydes citron, mélisse, eucalyptus citronné, verveine des indes, coriandre douce, cannelle de chine
Cétones absinthe, armoise vulgaire, hysope, camomille noble, fenouil, romarin officinal, eucalyptus mentholé, menthe poivrée, sauge officinale, thuya
Coumarines khella, angélique, céleri, santoline, oranger doux et amer, mandarinier, bergamotier, limettier.
Esters laurier noble, lavandin, géranium rose, camomille noble
Ethers anis étoilé, estragon, basilic, rose de damas, ravensare anisé
Monoterpènes thym, sarriette, cyprès, sauge officinale, citronnelle, cannelle de Ceylan, origan
Monoterpénols bois de rose, camomille noble, eucalyptus, lavandin, marjolaine, menthe poivrée
Phénols clou de girofle, thym, origan d’Espagne, poivre noir, basilic à thymol, sarriette
Sesquiterpènes mélisse, ylang-ylang, cèdre de

l’Atlas, fruits du poivrier noir

Sesquiterpénols patchouli, grande carotte sauvage, santal blanc, genévrier de Virginie
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